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Le suicide

Actuellement, la réalité la plus importante qui frappe, non seulement la société Atikamekw, mais bien tous les peuples autochtones, se trouve à être le suicide. Selon Émile Durkheim, l’identité d’une personne constitue le chaînon déterminant de l’autodestruction ou de la préservation d’un individu.

"teenage angst, suicide." by saccharinesmile http://saccharinesmile.deviantart.com/art/teenage-angst-suicide-55373371
« teenage angst, suicide. » by saccharinesmile http://saccharinesmile.deviantart.com/art/teenage-angst-suicide-55373371

Plus précisément, l’identité de tout individu est définie par divers groupes sociaux, tels que la famille, la religion ou encore la société politique et conséquemment, si ces groupes s’affaiblissent, l’individu peut perdre ses repères (Muchielli, 2000, p.48), ce qui explique pourquoi «le suicide varie en raison inverse du degré d’intégration des groupes sociaux dont fait partie l’individu» (Muchielli, 2000, p.48). Autrement dit, le suicide est déterminé, certes par des sentiments individuels, mais en approfondissant on comprend qu’il est plutôt question de ce qu’on pourrait définir par «le vide affectif et la solitude morale dus au défaut d’intégration sociale» (Muchielli, 2000, p.49). Durkheim utilise également le concept d’anomie sociale pour expliquer le dysfonctionnement de certaines sociétés, comme c’est le cas chez les Autochtones, qui ne parviennent plus à intégrer correctement l’individu (Campeau, 2004, p.59). Ce manque ou cette absence de règles sociales communes peut entraîner plusieurs problèmes de société, tels qu’ils ont été mentionnés plus haut (drogues, décrochage, violence, etc.). Tel qu’énoncé par Durkheim, le suicide s’expliquerait par le taux d’intégration d’un individu: plus une personne est intégrée socialement, moins elle risque de se suicider (Campeau, 2004, p.62).

On peut distinguer trois principaux types de suicides, soit le suicide égoïste, le suicide altruiste et le suicide anomique. En fait, le suicide égoïste est le résultat de la non-intégration d’un individu dans un groupe social donné (Campeau, 2004, p.62) tandis que le suicide altruiste résulte plutôt d’une «intégration trop forte de l’individu aux impératifs de groupe»(Campeau, 2004, p.62). Pour ce qui est du suicide anomique, il est question de «la désintégration sociale et de l’affaiblissement des règles qui régissent les comportements des individus et des groupes» (Campeau, 2004, p.62). Concernant les Autochtones, le suicide se présente de façon principalement anomique, puisqu’ils subissent une désintégration sociale, entre autres par le choc des générations ou encore les transformations sociales trop rapides dans les communautés (ex: les Inuits sont passés des igloos à la modernité en moins de 50 ans) (DVD Les jeunes Autochtones du Québec). On peut aussi penser à une forme de suicide égoïste en raison de la non-intégration des individus dans un groupe social (ex: les Autochtones sont quelque peu marginalisés par le reste de la société québécoise et par le gouvernement canadien qui les exclue du système) (DVD Les jeunes Autochtones du Québec). En effet, chez les jeunes autochtones, le taux de suicide est de cinq à huit fois plus élevé que celui de la moyenne nationale (Meney, 2002).

"Depressed (4649749639)" by Sander van der Wel from Netherlands - DepressedUploaded by russavia. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Depressed_(4649749639).jpg#/media/File:Depressed_(4649749639).jpg
« Depressed (4649749639) » by Sander van der Wel from Netherlands – DepressedUploaded by russavia. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Depressed_(4649749639).jpg#/media/File:Depressed_(4649749639).jpg

Le lien suivant permet d’accéder au documentaire Le Pacte, mettant en scène Mélanie Petiquay, intervenante auprès des jeunes qui a été affligée par des suicides successifs dans sa famille et qui continue son combat face à ce fléau.

http://cve.grics.qc.ca/fr/916/3528?destination=/

Aussi, selon l’étude réalisée par Lívia Vitenti pour l’Université de Montréal, les principaux facteurs pouvant mener un individu au suicide en milieu autochtone sont caractérisés par le manque d’affection, la violence sexuelle/inceste, la consommation d’alcool et de drogues, les changements de mode de vie et les séquelles liées au système de pensionnats (précisons que Manawan a connu deux pensionnats, dont un, celui d’Amos, ayant une très mauvaise réputation) (Vitenti, 2011, p.220-230). Le suicide n’est pas étranger à la communauté de Manawan. Effectivement, plusieurs rites et coutumes sont associés à la mort, certains n’étant cependant pas encouragés par tous, tel le port d’un bracelet noir ou blanc en cas de décès. Comme il vient tout juste d’être mentionné, ce qui pousse un individu à se suicider peut dépendre de plusieurs facteurs. Le docteur Pierre Gagné approfondi cette observation en établissant un modèle de facteurs successifs qui peut inciter un individu à s’enlever la vie soit, une vulnérabilité préexistante de l’individu, suivi d’un problème de dépendance, auxquels si on ajoute un environnement difficile et un facteur de pauvreté, peuvent mener l’individu à vivre une dépression et conséquemment, le pousser au suicide (Meney, 2002). Malheureusement, c’est l’une des graves réalités qui frappent les peuples Autochtones encore aujourd’hui.

Laurence Blanchette

 

Problèmes de toxicomanie

Le peuple Atikamekw est aux prises avec de nombreux problèmes sociaux et de santé principalement dus à la pauvreté qui fait rage dans la communauté. En effet, l’espérance de vie des membres de la communauté Autochtone est de six ans moins élevée que l’espérance de vie moyenne de la population canadienne (Meney, 2002). Le taux anormalement élevé de suicide, les forts problèmes de consommation, ou encore le taux d’échecs et de décrochage scolaire font en sorte qu’ils se retrouvent coincés dans un cercle vicieux de pauvreté, et accroît par le fait même leur taux de mortalité.

La toxicomanie étant l’un des problèmes les plus importants dans la communauté, on remarque qu’il existe plusieurs facteurs de risques associés à la consommation précoce et à l’abus de psychotropes à l’adolescence, notamment des facteurs d’ordre personnel, d’ordre familial, d’ordre scolaire et d’ordre social. Du point de vue personnel, les individus au tempérament difficile, susceptibles d’être influencé par leurs pairs, ayant une perception négative de leur apparence physique ou de leurs compétences (scolaires, relationnelles avec les parents, etc.) sont des sujets à risque (Cloutier et Parent, 2011, p.150). Pour ce qui est des facteurs d’ordre familial, la consommation s’accroit chez les jeunes ayant des parents consommateurs, s’il y a eu consommation abusive de la mère pendant la grossesse, un nombre élevé de consommateurs au sein de la famille, des attitudes parentales plutôt tolérantes face à l’alcool, et plus encore (Cloutier et Parent, 2011, p.150). Concernant l’ordre scolaire, le faible rendement à l’école, le décrochage, le fait d’être dans un milieu scolaire délabré ou bien encore faire face à un faible investissement de la part des éducateurs dans la vie scolaire ont tendance à entraîner des problèmes de consommation chez les jeunes adolescents (Cloutier et Parent, 2011, p.150). En ce qui concerne les facteurs d’ordre social, l’accessibilité, la publicité, les normes culturelles favorables à la consommation, l’adversité sociofamililale, mais surtout, la pauvreté sont des éléments propices à entraîner des problèmes de dépendance à la consommation de psychotropes (Cloutier et Parent, 2011, p.150), ce qui est particulièrement frappant chez les membres des Premières Nations, pour la simple et bonne raison que les facteurs de risques énumérés plus haut sont tous existants, mais surtout, persistent dans les communautés autochtones.

Thérèse Foucher (Scanned from slide) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons
Enfants à Manaouane vers 1971. Thérèse Foucher (Scanned from slide) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f7/Manouane_enfants.JPG
Bouteilles. Laurence Blanchette, 2015

Il existe également plusieurs différentes raisons qui poussent à commencer à consommer. Suite aux atrocités qu’ont vécues les Autochtones à l’époque des Pensionnats, certains se sont mis à consommer différents psychotropes, le principal étant l’alcool, pour soulager un mal-être psychologique ou autrement dit, pour oublier les nombreux sévices qu’ils y ont subi. Les effets de ces abus infligés aux Autochtones des pensionnats indiens ont également eu des répercussions sur les générations suivantes, dont les effets sont encore perceptibles aujourd’hui: certaines victimes de ces établissements ayant répété à leur tour les comportements qu’ils y ont appris auprès de leurs enfants. Le pensionnat indien Saint-Marc-de-Figuery a ouvert ses portes à Amos en 1955, mais ne sera fréquenté par les jeunes de Manawan qu’à partir de 1960 et en 1962, ils fréquenteront plutôt le pensionnat de Pointe-Bleue(Conseil de la Nation Atikamekw). L’âge de ces jeunes variait entre 6 et 17 ans, ces derniers quittant leur milieu familial durant 10 mois par année (Conseil de la Nation Atikamekw) pour apprendre a mépriser leur culture et subir maintes violences, autant physiques que sexuelles. Certains ont même fréquenté ces écoles pendant plus de 10 ans.  Le lien suivant permet d’accéder aux témoignages de trois survivants des pensionnats, ces derniers relatant les horreurs vécues et dont l’une des victimes a fréquenté le pensionnat d’Amos et de Pointe-Bleue.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/National/2013/04/25/001-pensionnats-autochtones-survivants.shtml

Ce deuxième lien mène au long métrage de Tim Wolochatiuk,  «Nous n’étions que des enfants…», un film accessible par le site de l’ONF et  levant le voile sur les pensionnats indiens.

https://www.nfb.ca/film/nous_netions_que_des_enfants

Canada. Department of Mines and Technical Surveys. Library and Archives Canada, PA-042133 / Canada. Department of Mines and Technical Surveys. Bibliothèque et Archives Canada, PA-042133
Période d’étude au Pensionnat indien catholique de [Fort] Resolution (Territoires du Nord-Ouest). Canada. Department of Mines and Technical Surveys. Library and Archives Canada, PA-042133 https://www.flickr.com/photos/lac-bac/14112957392/

En somme, le soulagement du mal-être psychologique est donc une raison qui pousse encore de nos jours à la consommation (d’alcool ou de drogue) (Cloutier et Parent, 2011, p.149), mais les raisons actuelles sont plus orientées vers la pression sociale subie par les individus, parfois aussi pour soulager la douleur physique (Cloutier et Parent, 2011, p.148-149). Néanmoins, il reste que les problèmes de consommation de drogue dans les communautés autochtones touchent principalement les jeunes, tandis que la consommation excessive d’alcool est plutôt considérée comme étant un problème majeur intergénérationnel dans plus de 86% des communautés autochtones (Meney, 2002).

Laurence Blanchette