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Problèmes de toxicomanie

Le peuple Atikamekw est aux prises avec de nombreux problèmes sociaux et de santé principalement dus à la pauvreté qui fait rage dans la communauté. En effet, l’espérance de vie des membres de la communauté Autochtone est de six ans moins élevée que l’espérance de vie moyenne de la population canadienne (Meney, 2002). Le taux anormalement élevé de suicide, les forts problèmes de consommation, ou encore le taux d’échecs et de décrochage scolaire font en sorte qu’ils se retrouvent coincés dans un cercle vicieux de pauvreté, et accroît par le fait même leur taux de mortalité.

La toxicomanie étant l’un des problèmes les plus importants dans la communauté, on remarque qu’il existe plusieurs facteurs de risques associés à la consommation précoce et à l’abus de psychotropes à l’adolescence, notamment des facteurs d’ordre personnel, d’ordre familial, d’ordre scolaire et d’ordre social. Du point de vue personnel, les individus au tempérament difficile, susceptibles d’être influencé par leurs pairs, ayant une perception négative de leur apparence physique ou de leurs compétences (scolaires, relationnelles avec les parents, etc.) sont des sujets à risque (Cloutier et Parent, 2011, p.150). Pour ce qui est des facteurs d’ordre familial, la consommation s’accroit chez les jeunes ayant des parents consommateurs, s’il y a eu consommation abusive de la mère pendant la grossesse, un nombre élevé de consommateurs au sein de la famille, des attitudes parentales plutôt tolérantes face à l’alcool, et plus encore (Cloutier et Parent, 2011, p.150). Concernant l’ordre scolaire, le faible rendement à l’école, le décrochage, le fait d’être dans un milieu scolaire délabré ou bien encore faire face à un faible investissement de la part des éducateurs dans la vie scolaire ont tendance à entraîner des problèmes de consommation chez les jeunes adolescents (Cloutier et Parent, 2011, p.150). En ce qui concerne les facteurs d’ordre social, l’accessibilité, la publicité, les normes culturelles favorables à la consommation, l’adversité sociofamililale, mais surtout, la pauvreté sont des éléments propices à entraîner des problèmes de dépendance à la consommation de psychotropes (Cloutier et Parent, 2011, p.150), ce qui est particulièrement frappant chez les membres des Premières Nations, pour la simple et bonne raison que les facteurs de risques énumérés plus haut sont tous existants, mais surtout, persistent dans les communautés autochtones.

Thérèse Foucher (Scanned from slide) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons
Enfants à Manaouane vers 1971. Thérèse Foucher (Scanned from slide) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f7/Manouane_enfants.JPG
Bouteilles. Laurence Blanchette, 2015

Il existe également plusieurs différentes raisons qui poussent à commencer à consommer. Suite aux atrocités qu’ont vécues les Autochtones à l’époque des Pensionnats, certains se sont mis à consommer différents psychotropes, le principal étant l’alcool, pour soulager un mal-être psychologique ou autrement dit, pour oublier les nombreux sévices qu’ils y ont subi. Les effets de ces abus infligés aux Autochtones des pensionnats indiens ont également eu des répercussions sur les générations suivantes, dont les effets sont encore perceptibles aujourd’hui: certaines victimes de ces établissements ayant répété à leur tour les comportements qu’ils y ont appris auprès de leurs enfants. Le pensionnat indien Saint-Marc-de-Figuery a ouvert ses portes à Amos en 1955, mais ne sera fréquenté par les jeunes de Manawan qu’à partir de 1960 et en 1962, ils fréquenteront plutôt le pensionnat de Pointe-Bleue(Conseil de la Nation Atikamekw). L’âge de ces jeunes variait entre 6 et 17 ans, ces derniers quittant leur milieu familial durant 10 mois par année (Conseil de la Nation Atikamekw) pour apprendre a mépriser leur culture et subir maintes violences, autant physiques que sexuelles. Certains ont même fréquenté ces écoles pendant plus de 10 ans.  Le lien suivant permet d’accéder aux témoignages de trois survivants des pensionnats, ces derniers relatant les horreurs vécues et dont l’une des victimes a fréquenté le pensionnat d’Amos et de Pointe-Bleue.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/National/2013/04/25/001-pensionnats-autochtones-survivants.shtml

Ce deuxième lien mène au long métrage de Tim Wolochatiuk,  «Nous n’étions que des enfants…», un film accessible par le site de l’ONF et  levant le voile sur les pensionnats indiens.

https://www.nfb.ca/film/nous_netions_que_des_enfants

Canada. Department of Mines and Technical Surveys. Library and Archives Canada, PA-042133 / Canada. Department of Mines and Technical Surveys. Bibliothèque et Archives Canada, PA-042133
Période d’étude au Pensionnat indien catholique de [Fort] Resolution (Territoires du Nord-Ouest). Canada. Department of Mines and Technical Surveys. Library and Archives Canada, PA-042133 https://www.flickr.com/photos/lac-bac/14112957392/

En somme, le soulagement du mal-être psychologique est donc une raison qui pousse encore de nos jours à la consommation (d’alcool ou de drogue) (Cloutier et Parent, 2011, p.149), mais les raisons actuelles sont plus orientées vers la pression sociale subie par les individus, parfois aussi pour soulager la douleur physique (Cloutier et Parent, 2011, p.148-149). Néanmoins, il reste que les problèmes de consommation de drogue dans les communautés autochtones touchent principalement les jeunes, tandis que la consommation excessive d’alcool est plutôt considérée comme étant un problème majeur intergénérationnel dans plus de 86% des communautés autochtones (Meney, 2002).

Laurence Blanchette

«L’avenir est indien»

Le visionnement de l’interview radiophonique «L’avenir est indien» produit par Radio-Canada,  vient présenter un reportage sur la communauté Atkiamekw et la télésanté, une initiative établie par des Atikamekws de Manawan pour aider les femmes enceintes de la communauté et ainsi réduire le taux de bébés prématurés (Radio-Canada, 2012). Le fait est que, selon plusieurs recherches, dont une réalisée par Werner en 1986, les enfants ayant un faible poids à la naissance et ayant grandi dans des familles pauvres ont généralement un QI très faible (Bee et Boyd, 2011, p.12). Pourtant, les enfants de même poids à la naissance, mais ayant grandi dans des familles de classe moyenne, ont un QI normal (Bee et Boyd, 2011, p.12).

http://ici.radio-canada.ca/emissions/l_avenir_est_indien/2011-2012/document.asp?idDoc=193954

Anne Geddes, 1988 https://www.flickr.com/photos/jimforest/5388280912/
A life in our hands. Anne Geddes, 1988 https://www.flickr.com/photos/jimforest/5388280912/

La pauvreté de la communauté Atikamekw de Manawan transparaît notamment à travers un recensement important de données très parlantes, mais surtout inquiétantes, instituées par Statistiques Canada en 1992. L’étude montre entre autres que le tiers des familles de Manawan ont un revenu annuel inférieur à 20 000$ et que seulement 5% de la population de la communauté gagne 50 000$ et plus par année, en comparaison avec le reste du Québec où 37,3% des gens gagnent plus de 50 000$ annuellement (Statistique Canada, 1992).

Réserve de Manawan Erika Palamaro, 2015
Réserve de Manawan
Erika Palamaro, 2015

Si l’on considère qu’avant la mise en place du programme de télésanté le taux de bébés prématurés étaient de 18,4% à Manawan, conséquemment ces bébés devaient être de petits poids et par le fait même, étaient beaucoup plus à risque d’avoir un très faible QI que les bébés prématurés issus de familles de classe moyenne. Heureusement pour la communauté, la création du service de télésanté a permis de faire chuter le taux de bébés prématurés de moitié, passant de 18,4% en 2007 à 8,5% en 2011 (Beauchamps Martin, 2011), mais ces bébés restent tout de même à risque de développer certains retards. Économiquement parlant, le développement de la communauté Atikakekw se voit également ralenti par un faible taux d’activité de la population et un taux de chômage plutôt élevé: 39,9 % à Manawan, comparativement à 65,1 % au Québec pour le taux d’activité selon l’étude de 1992 (Statistiques Canada, 1992). Pour ce qui est du taux de chômage, on l’estimait à 22% en 2006 (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Qui plus est, 65% de la population de la réserve recevait l’aide sociale en 2006 (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Concernant 2011, le Conseil des Atikamekws de Manawan précise que le revenu moyen de la population de la communauté et d’environ la moitié de celui des Québécois (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Bref, leur environnement se voit inhiber, ce qui le rend peu stimulant pour le développement de ces membres et nous ramène à nouveau au modèle de résilience et vulnérabilité.

Laurence Blanchette

Double mauvais sort

Pour chaque société, les approches interactionnistes permettent de rendre compte de l’interaction de l’environnement et de la biologie en ce qui a trait au développement de l’être humain. Effectivement, on constate que les phénomènes de nature et de culture n’agissent pas indépendamment l’un de l’autre. Au contraire, on observe une fusion entre les influences de ces deux facteurs pour expliquer certains comportements de l’individu (Bee et Boyd, 2011, p10). Les modèles de la vulnérabilité (associés aux facteurs de risque) et de la résilience (associés aux facteurs de protection) en viennent justement à approfondir cette relation d’interdépendance du développement humain(Bee et Boyd, 2011, p.11).

Du point de vu psychologique, Boris Cyrulnik en est venu à définir le terme résilience par «la capacité de surmonter un environnement difficile ou une expérience traumatisante»(Bee et Boyd, 2011, p.11). Plusieurs théoriciens défendent les modèles de résilience et de vulnérabilité pour expliquer les différences de comportements entre les individus d’un même milieu. Plus précisément, un enfant peut naître avec certains facteurs de protection (tempérament facile, bonne coordination, etc.), mais aussi avec certaines faiblesses (allergies, tendances héréditaires à l’alcoolisme, anomalies physiques, etc.) qui en viennent à lui procurer ou non une plus grande capacité d’adaptation ou de souplesse et sont déterminants du fait qu’un même environnement puisse avoir des effets différents selon les caractéristiques d’un enfant (Bee et Boyd, 2011, p.11). Frances Horowitz a établi un modèle de cette interaction entre vulnérabilité, résilience et environnement pour expliquer les résultats développementaux possibles d’un enfant.

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Modèle Vulnérabilité-Résilience. Helen BEE et Denise BOYD, Les Âges de la vie : psychologie du développement humain, 4e édition, Saint-Laurent, Éditions du Renouveau pédagogique, 2011, p.10

 Entre autres, on observe que la combinaison de divers facteurs de facilitation et de vulnérabilités en viennent à interagir ensemble. Plus exactement, un enfant considéré comme étant résilient (peu de faiblesses, beaucoup de facteurs de protection) peut très bien réussir à se développer dans un milieu «peu stimulant» (Bee et Boyd, 2011, p.12). Il en va de même pour un enfant vulnérable: il peut très bien réussir à s’épanouir dans un environnement très facilitant. Le problème se présente lorsqu’un enfant fait face au phénomène de double mauvais sort, soit un enfant vulnérable grandissant dans un milieu peu stimulant (Bee et Boyd, 2011, p.11). C’est malheureusement lorsque cette situation apparaît qu’un enfant présente de faibles résultats développementaux.

Erika Palamaro, 2015
Dans les rues de Manawan. Erika Palamaro, 2015

Effectivement, le fait que l’environnement soit peu propice à l’épanouissement des individus (insalubrité des établissements scolaires(Olivier, 2012), malpropreté dans les rues, violence, chômage important, etc.) auquel s’additionne des facteurs de vulnérabilité chez l’enfant (prédispositions héréditaires liées à l’alcoolisme ou la toxicomanie des parents, tempérament difficile, etc.) en viennent à entraver le développement des individus, les pénalisant ainsi au niveau scolaire, social et économique. Ces observations nous poussent donc à déduire que le problème qui frappe présentement les communautés autochtones est précisément un phénomène de double mauvais sort, ces derniers étant vulnérables et vivant dans un environnement peu stimulant.

Laurence Blanchette

Éditorial: La Nation Atikamekw, un peuple ignoré?


Kwe!

Au cours de la session d’automne 2014, nous avons eu la chance de pouvoir nous inscrire à un projet bien particulier dans le cadre de notre cours de Démarche d’intégration en Sciences humaines. Nous nous sommes donc retrouvés, dix étudiants intéressés par la question autochtone, près à faire un projet intégrateur à ce sujet et à séjourner dans la communauté atikamekw de Manawan.

Dès le premier cours de la session d’hiver, notre équipe s’est formée . Toutes les quatre étant allumées au sujet des défis sociaux dans cette communauté, nous avons décidé de dédier notre projet à la culture et aux rites ainsi qu’aux problématiques face à la santé, l’éducation et à la pauvreté de cette nation.

En premier lieu, pour chacun de nos sujets, nous nous sommes posées la question suivante: «Quelles sont les causes et les conséquences des défis sociaux chez les Atikamekws et quelles sont les initiatives mises en place par la communauté afin de les surmonter?». Nous avons donc commencé par faire une liste des concepts que nous connaissons déjà à ce sujet en lien avec des matières de Sciences humaines et nous avons défini les sous-thèmes sur lesquels chacune voulait travailler. Ainsi, nous avons décidé de nous pencher sur les problématiques qui nous semblaient les plus présentes dans les communautés autochtones, soit les troubles de santé mentale, la toxicomanie et le suicide abordés par Laurence, les problèmes liés à la pauvreté présentés par Éloïse, et finalement les défis rencontrés dans le domaine de l’éducation avec Camille. Afin de bien renseigner le lecteur et de bien mettre en contexte notre projet, Élisabeth a tout d’abord bien expliqué l’historique et la culture de la nation atikamekw.

Par la suite, chaque membre de l’équipe a effectué  une recherche bibliographique afin de trouver des sources intéressantes à la mise sur pied de notre projet intégrateur. À la suite de ces recherches, nous étions plus en mesure de cerner les problématiques sociales présentes chez les peuples de premières nations, plus particulièrement au sein de la communauté atikamekw de Manawan. Cette première étape de notre travail s’est terminée avec la remise de notre rapport préliminaire. À la suite des corrections émises par notre enseignante sur ce premier travail, nous avons pu cerner les points à améliorer en vue de la publication de ce blogue. La date du départ pour Manawan approchant et étant de plus en plus fébriles face à la hâte de vivre cette expérience extraordinaire, nous avons dressé une liste des choses à améliorer, et nous nous sommes préparées, par le biais de formations, de réunions lors des pauses communes, et de discussions en équipe, à la rencontre imminente avec  la communauté.

Finalement, le moment tant attendu est arrivé! Du 6 au 9 avril, nous sommes partis, notre équipe, six autres étudiants et deux professeures, pour Manawan. Lors de ce séjour, nous avons eu la chance de nous entretenir avec de nombreux intervenants dans les domaines de la santé et de l’éducation en plus de rencontrer et de discuter avec des gens de la communauté, et ainsi avons pu ajouter des informations prises sur le terrain à celles que nous avons trouvées lors de notre recherche documentaire.

À la lumière de nos recherches et de nos rencontres à Manawan, nous sommes dans la capacité de dire que cette communauté, comme beaucoup d’autres communautés autochtones, se trouve dans une  situation de vulnérabilité constante. Que cela soit dans n’importe quel domaine, les communautés autochtones sont toujours mises en état de dépendance face au gouvernement fédéral, ce qui est une cause très importante de la pauvreté du peuple. De plus, si le Québec se décrit comme une nation tolérante et ouverte aux autres cultures, il ne l’est pas envers les communautés autochtones. En effet, de nombreux préjugés sont encore existants aujourd’hui, et le racisme est très présent envers les autochtones. Pourquoi, en 2015, défend-on les droits des immigrants, en gardant les préjugés contre les peuples qui habitent notre territoire depuis toujours, en les excluant? Pour nous, cette situation est totalement aberrante, et nous croyons que le premier pas pour aider les autochtones à  se sortir de la misère est de passer par-dessus les préjugés et les différences de culture, afin d’entretenir une relation d’entraide et non de méfiance. Nous croyons aussi que la loi sur les Indiens contribue à l’injustice vécue par les premières nations est se devrait d’être révisée afin de réduire les tensions entre les autochtones et les Québécois/Canadiens, et contribuerait à améliorer les conditions de vie des premiers.

Pour finir, notre séjour à Manawan toujours dans la tête et dans le coeur, nous sommes impatientes de partager avec vous notre expérience et souhaitons de tout coeur vous sensibiliser face à cette problématique, et ainsi faire un pas de plus vers l’abolition des nombreux préjugés malheureusement toujours présents dans notre société.

Camille Saucier
Éloïse Gingras
Laurence Blanchette
Élisabeth Leblanc

 

 

Les traditions qui encouragent la violence envers les femmes indiennes

Les traditions qui encouragent la violence infligée aux femmes indiennes

  • Les traditions mises en cause

Tout d’abord, il est important de noter que les conditions de vie atroces des femmes indiennes sont principalement dues aux traditions religieuses qu’entretient le peuple indien. En effet, la majorité du peuple indien adhère à la religion hindoue et applique ses fondements de manière intransigeante. Cette application dogmatique de la part des Indiens est responsable de la perception négative que les femmes indiennes ont d’elles-mêmes et de la violence qui leur est imposée. Tout d’abord, la société patriarcale a adoptée plusieurs traditions discriminatoires qui réduisent la place de la femme au sein de la société. En effet, les traditions comme la sati, la dot et la glorification de l’homme dans la religion hindoue affectent l’intégrité de la femme au sein de sa société (Fabienne Hurst, Antoine Mouteau, 2011). En effet, les femmes indiennes sont contraintes à cinq différents types de violence: la violence psychologique, la violence sexuelle, la violence économique, la violence verbale et finalement la violence physique. Cependant, plusieurs d’entre nous, en tant qu’occidentaux, se questionnent à savoir pourquoi les femmes indiennes se contraignent à ces traditions atroces malgré qu’elles vivent dans une démocratie. Barbarie des traditions indiennes: inde 2 Source: Hélène Larrive, Femmes bafoues, battues et autres futilités , 2013,   http://2.bp.blogspot.com/-1q0vf3-KXtw/UrYDM6o5ApI/AAAAAAAASNw/7hPurwQHOF0/s1600/Sans+titre-6.jpg

  • Les failles du système judiciaire indien

Tout d’abord, quoi qu’elles vivent dans une démocratie, le pouvoir de la tradition religieuse hindoue prédomine sur le pouvoir de la démocratie (Libération Monde, 2012). En Inde, la femme obtient le droit de vote en 1952, mais le droit de vote de celle-ci est soumis à quelques contraintes par rapport à celui de l’homme. Cela démontre que judiciairement, la femme est considérée inférieure quoique le gouvernement indien proclame être une démocratie. Il est contradictoire cependant de constater que dans une société «démocratique», des traditions comme la sati et la dot sont encore en vigueur. Plusieurs traditions ont pour but de permettre à la femme d’affirmer sa loyauté et sa soumission à l’homme. De plus, la place que la religion octroie à l’homme est démesurée comparée à celle qu’occupe la femme, de là la supériorité légale de l’homme. Cette inégalité légale entre les hommes et la femmes est donc un exemple de la violence psychologique commise envers les femmes (Philippe Bouissou,2012).

  • La société patriarcale

Tout d’abord, il est important de noter que la société traditionnelle et actuelle est régit par un système patriarcal où les hommes prennent les décisions politiques, familiales et économiques. Au tout début de la société indienne, les femmes étaient interdites à plusieurs activités auxquelles les hommes avaient droit pour prétexte de mythes et de légendes tirés de leur religion. La société indienne tire la plupart de ces fondements de la religion et des mythes sexistes sur lesquels elle se fonde. Par exemple, selon les lois de Manu, le fondateur des lois hindoues, «la femme ne doit jamais être indépendante: enfant, elle doit être soumise à son père ; jeune à son mari ; veuve à ses fils. Une femme fidèle doit vénérer son mari comme un dieu même s’il est dépourvu de vertu ou de qualité, et s’il cherche son plaisir ailleurs.» (Lisa Sabot, 2005).La religion exige donc une soumission totale de la part de la femme quoique son mari lui impose que ce soit de l’intimidation, de la violence, de l’abus sexuel etc. Une étude de l’OMG démontre que les femmes sont elles-mêmes d’accord avec le fait que les hommes aient recours à la violence physique et sexuelle à leur égard pour certaines situations, comme lorsqu’elles refusent d’avoir des relations sexuelles ou lorsque celles-ci leur désobéissent. En effet, 53% des femmes vivant en région urbaine se disent d’accord contre 79,3% des femmes en région rurale (Amira Beghdadi, 2013).  Cette statistique traduit donc la faible estime que les femmes ont d’elle-même qui est causée par le système patriarcal. Matérialisation de la femme: Sri_Chakra_Meru_with_Lajja_Gauri Source: Auteur inconnu, Hindouismo, 2008, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/97/Sri_Chakra_Meru_with_Lajja_Gauri.JPG/800px-Sri_Chakra_Meru_with_Lajja_Gauri.JPG

Cette statistique démontre clairement la soumission que celles-ci affichent aux mythes religieux et par conséquent, aux hommes de leur société. De plus, les traditions indiennes vont encore plus loin en termes de domination des hommes sur les femmes. En effet, les propos de la religion hindoue exigent que la femme se soumette à toute forme masculine. Étant donné que la religion sur laquelle la société indienne se base favorise le sexe masculin, les femmes sont exclues et discriminées dans la plupart des états de l’Inde. Leur accès aux domaines cruciaux à leur survie tel que les services de santé, l’éducation, et leur emploi est presque nul puisqu’elles sont victimes de discrimination. Par exemple, le taux d’éducation chez les femmes indiennes est extrêmement faible étant donné que le milieu de l’éducation est presque entièrement réservé aux hommes (Sylvie Dewambrechies, 2004).

  • Valorisation de la pauvreté intellectuelle des femmes

Cependant, un autre facteur influence le niveau d’éducation des femmes indiennes, soit le taux de pauvreté de la région dans laquelle ils grandissent.  Évidemment, le taux d’éducation chez les femmes est très peu élevé à cause du rôle prédominant de la femme dans la société : s’occuper des travaux domestiques, élever les enfants et répondre aux multiples demandes du mari. Par conséquent, les familles n’investissent pas dans l’éducation de leurs jeunes filles étant donné que celles-ci n’ont qu’un seul destin : le mariage. Tout au contraire, quand un couple indien a un enfant de sexe masculin, ceux-ci vont investir le plus possible dans son éducation dans le but de s’enrichir lorsque viendra le moment de marier leur fils étant donné que le montant de la dot qu’ils reçoivent par les parents de leur bru dépend du niveau d’éducation de leur fils (Lisa Sabot, 2005).  Sur ce, il est donc facile de constater que la supériorité de l’homme est ancrée dans leur société pour des raisons mythologiques, religieuses et culturelles. La supériorité sacrée de l’homme entraîne l’application de plusieurs traditions dans la société indienne comme la sati et la dot qui encouragent la violence psychologique à l’endroit des femmes. En ce qui concerne la dot, le système de la dot est en vigueur en Inde depuis des centaines d’années et doit son existence aux cultes musulmans et hindouistes. La dot a cependant évolué entre-temps et ce changement transmet un message plutôt inquiétant. Autrefois, la dot était considérée comme sacrée par la civilisation. En effet, la majorité des castes étaient soumises à la tradition du «prix de la fiancée»1 qui constituait à récompenser la famille de la fille d’avoir perdu un enfant. Non seulement la dot compensait la famille de la mariée et non du marié, mais celle-ci assurait à la mariée une certaine stabilité financière si son mari venait à la quitter ou à décéder. Aujourd’hui la dot a perdu cette signification et désavantage la famille de la mariée. Le statut de la femme indienne et l’expansion économique sont corrélés dans le sens où la femme est aujourd’hui considérée comme une marchandise profitable économiquement au pays. La dot a maintenant le pouvoir d’améliorer le prestige social des familles du marié étant donné que la dot n’a plus de prix fixe, elle varie en fonction de la scolarisation du marié.   La dot a aujourd’hui une importance économique fulgurante. Ce qui pousse la femme à aller vivre dans la famille de son mari, est le fait que ses propres enfants pourront jouir de privilèges liés à cette plus haute caste. Cependant, l’avantage demeure pour les familles du marié qui sont constamment récompensés par l’entremise de «cadeaux». La dot fait donc en sorte que la femme est considérée comme une marchandise et cette pratique enrichit énormément l’économie de l’Inde. Cette violence psychologique et physique envers la femme permet malheureusement à plusieurs familles de s’enrichir et de faire fluctuer l’économie.   Reportage sur la dot:  https://youtu.be/IircvWkoWwg Source: France 24,  Reporteur inconnu, 2008, https://www.youtube.com/watch?v=IircvWkoWwg   Représentation de la sati A_Hindoo_Widow_Burning_Herself_with_the_Corpse_of_her_Husband Source: Auteur inconnu, <Superstition en Inde>,  2005, http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c1/A_Hindoo_Widow_Burning_Herself_with_the_Corpse_of_her_Husband.jpg

  • Violence physique imposée aux femmes

Pour commencer, la tradition de la sati provient d’un mythe hindou et c’est de cette religion que la culture indienne tire la plupart de ses fondements. «Une épouse, lorsqu’elle est morte la première, attend son mari dans l’au-delà, et si son mari est mort avant elle, ensuite une femme vertueuse [sati] le suit.  » En effet, dans la société actuelle, la sati incite la femme à se brûler vivante sur le bûcher de son mari, car celle-ci a le devoir spirituel d’abandonner la vie terrestre en même temps que son mari. La sati est un excellent exemple de la violence physique et psychologique qui est imposée aux femmes indiennes. Quoique cette pratique religieuse ait été abolie par les autorités coloniales en 1829, cette pratique est toujours présente dans la société. Non seulement cette pratique est présente, mais elle est encouragée et souhaitée par une grande partie des femmes (Robert Hardgrave, 2008). Encore une fois, en tant qu’Occidentaux, nous nous questionnons tant qu’à l’intégrité de cette affirmation. Comment les femmes indiennes peuvent-elles se soumettre à de telles traditions et ne pas contester dans le but d’obtenir leur indépendance? Il est, dans la culture indienne, socialement accepté par les deux sexes que la femme justifie sa vie par l’existence de son mari. Donc, lorsque son mari est vivant, la femme justifie son existence par la satisfaction de son mari alors que lorsque son mari meurt, elle perd tout espoir et désire le rejoindre. Il est donc possible d’affirmer que la religion hindoue dicte la vie des femmes indiennes et les contraint à la soumission.

Les conséquences des traditions culturelles :

  • Conséquences qu’entraîne la dot 

Tout d’abord, il est important de constater que les mariages arrangés unissent souvent une femme à un homme de plus haute caste. Les familles de la mariée souhaitent simplement que leur fille atteindra un niveau social plus élevé, mais ceux-ci sont confrontés à de multiples désavantages. En effet, le montant de la dot dépend du niveau de scolarité du marié. Donc, plus l’homme est scolarisé, plus la  famille du marié accorde de la valeur au montant de la dot qu’ils recevront. Donc, plus l’homme est supérieur à la femme, plus la famille peut être exigeante envers la famille de la mariée et par conséquent envers la nouvelle mariée. Ce qui nous amène à aborder le sujet du «dowry death»  , l’ensemble des tortures que la famille du mari inflige à la mariée, sous différents prétextes et qui peuvent mener jusqu’au meurtre de celle-ci. (Robert Hardgrave, 2008). Ces tortures sont parfois commises parce que la belle-famille ne comble pas leurs exigences ou tout simplement parce que la nouvelle femme de leur fils ne les satisfait pas. Donc, souvent l’ensemble de ces cruautés sont tout simplement commises dans le but de mener la femme à la dépression et donc au suicide.  Aujourd’hui, les demandes de dot sont encore plus élevées qu’il y a 10 ans, ce qui mène au désespoir des couples lorsque le bébé est de sexe féminin. Le système de dot en Inde a de nombreuses conséquences extrêmement néfastes sur l’estime que les femmes ont d’elles-mêmes et sur leur statut social. En effet, ce système de dot est la cause du nombre grandissant d’infanticides dans le nord de l’Inde (Rapport mondial sur le développement, 2009). Au Nord de l’Inde, les traditions qui défavorisent les femmes sont encore plus en vigueur que dans le reste des États de l’Inde, pour cause de l’indice de développement humain qui est extrêmement bas . Ce phénomène d’infanticide consiste soit à tuer un fœtus de sexe féminin ou à tuer à la naissance le bébé. De plus, certaines familles, qui n’ont pas assassiné leur fille à la naissance, la privent et la font vivre dans des conditions pitoyables sans aucune raison valable. Toute cette pratique est due au stress financier que subissent les familles qui offrent leur fille en mariage lors des multiples évènements où ceux-ci doivent faire de multiples offrandes à la belle-famille (Lisa Sabot, 2005).

  • Tentatives de solutions pour contrer la sati 

L’Inde, en 1829, était une colonie britannique et l’empire tentait d’abolir la violence commise envers les femmes. Cependant, malgré l’interdiction de la sati de la part de l’empire britannique, cette tradition est demeurée très présente dans la société des 17e et 18e siècles.  Par exemple, en 1987, une jeune fille dénommée Roop Kanwar s’immole sur le bûcher de son mari défunt . Cette jeune fille, qui s’immolait pour un homme de plus de quarante ans son aîné, a suscité l’attention de beaucoup d’Indiens. C’est effectivement, cet évènement qui a incité les autorités indiennes à adopter la loi «Commission of Sati», qui visait à prévenir tout autre acte de sacrifice. De plus, ce projet de lois visait à éliminer toute forme d’encouragement  ou de glorification de cette pratique (Rohit Parihar,1999). Cependant, suite à cette demande, certains adeptes religieux ont contesté la demande en affirmant devant la Cour suprême que la liberté de religion des hindouistes serait compromise si la sati était interdite. Malheureusement, la Cour suprême n’a toujours pas porté un jugement, ce qui entraîne la société indienne à continuer la pratique et à l’encourager auprès des veuves. Il est donc extrêmement destructeur pour le développement de la société et pour l’évolution de ce pays au niveau international. La perception que l’Inde donne à l’échelle internationale est un pays sexiste où les femmes sont constamment dénigrées peu importe leur niveau d’éducation et leur statut social. Tentatives de solutions pour contrer la sati: 

 

 

 

Catherine McConnell