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Rencontre avec l’équipe de santé

Dans le cadre de notre séjour à Manawan, plusieurs rendez-vous étaient prévus avec divers intervenants de la communauté, que ce soit en santé ou en éducation.

En ce qui concerne le domaine de la santé, nous avons été en mesure de rencontrer des membres de l’équipe du Centre de Santé le mardi 7 avril 2015, à 15h00. Plus précisément,  nous avons rencontré Mmes Francine Moer, Jolianne Ottawa et Jacinthe Petiquay.

Le tableau suivant correspond à une partie de l’entrevue avec les intervenantes.

1. Considérant le fait qu’ils ont été élevés avec une forme de médecine plus traditionnelle, plus naturelle, est-il difficile pour les aînés de la communauté de se faire traité au Centre de Santé?
Les aînés reçoivent principalement des soins et des services de santé à domicile. Les intervenants vont parler avec eux pour qu’ils ne mélangent pas de pilules avec certaines plantes médicinales qu’ils utilisent pour éviter les risques d’intoxication.
2. Vu le peu de médecins, les infirmières sont-elles en mesure de donner des prescriptions?
Oui, les infirmière vont utiliser les guides de santé clinique établis par Santé Canada.
3. Quelle est la moyenne d’âge des femmes enceintes?
Beaucoup de jeunes filles vont tomber enceintes à l’âge 13 ans pour avoir l’aide sociale. C’est pour elles une forme de rémunération parce qu’elles ne peuvent pas nécessairement trouver un emploi dans la communauté, par exemple au dépanneur l’été (il n’y a qu’un employé dans le dépanneur de Manawan). Mais l’aide sociale n’est pas un salaire, c’est une aide.
4. Quelle est la procédure en cas d’urgence, c’est-à-dire, lorsque le Centre de Santé n’est pas en mesure de traiter les patients qui ont besoin d’aller à l’hôpital?
Les gens vont être transférés par ambulance à l’hôpital de Joliette, sauf qu’il n’y a pas d’ambulance à Manawan. Le véhicule va être envoyé de Saint-Michel-des-Saints pour se rendre à Manawan, ce qui prend au alentours de 1h30 pour arriver dans la communauté. Ensuite, l’ambulance quitte Manawan avec le patient en direction de l’hôpital de Joliette, ce qui prend un autre bon 2h. C’est extrêmement long.
5. Qu’est-ce qui incite certains habitants à quitter la communauté?
Les gens quittent la communauté pour continuer leurs études, ou autres. Mais ces personnes qui habitent en ville, ce n’est pas qu’ils ne veulent pas revenir dans la communauté, c’est qu’il sont désavantagés par la surpopulation dans les maisons. À Manawan, il y a un très gros problème de surpeuplement dans les maisons. Ce problème est entre autres du à la loi sur les Indiens, ce qui fait en sorte que les gens ne sont pas propriétaires de leurs maisons puisque les terrains ne leur appartiennent pas (ce sont des terres de la Couronne qui appartiennent au gouvernement) et le Conseil de bande doit donc se porter garant de tout.
6. Au Québec, les services de santé présentent certaines failles (par exemple, l’attente interminable pour se trouver un médecin de famille, ou encore lorsque l’on se présente aux urgences). Quels seraient, selon vous, le ou les problèmes du Centre de Santé de Manawan?
Que l’on parle du Centre de Santé ou des autres infrastructures, il n’y a pas d’équité dans la communauté lorsqu’on la compare au Québec. Par exemple, le Centre de Santé dispose d’un programme de soins palliatifs à domicile via le programme de soins à domicile, mais les médicaments contre la douleur ne sont pas payés. Aussi, il y a le fait que Manawan ne dispose d’aucune ambulance et pourtant la population est plus grande à Manawan qu’à Saint-Michel-des-Saints, ou encore que la communauté n’a pas accès à la radiothérapie, la physiothérapie et plusieurs autres.
7.      Vous entraidez-vous entre différentes communautés pour améliorer le domaine de la  santé?
Il n’y a pas d’échanges entre les communautés (les 3 Nations) par peur de représailles. Les communautés ont peur de se faire couper leurs avantages par le gouvernement s’ils informent les communautés qui n’en profitent pas.
8. Le problème de suicide est-il important dans la communauté de Manawan?
C’est moins dramatique que par le passé. Il y a quelques années, il y a eu une vague de suicides où quatre garçons se sont suicidés entre novembre et début janvier, ce qui a été très dur pour la communauté.
9. Quel est le problème de santé mentale le plus important dans la communauté?
Il s’agit de la crise suicidaire et plus précisément, les gens la vive généralement dans le moment présent.
10. Avez-vous des exemples d’initiatives prises dans la communauté pour contrer les problèmes de santé mentale?
Jacinthe a créé un programme où les jeunes faisaient un retour aux études et où on demandait aux aînés de venir leur parler pour leur donner un enseignement de contes et légendes. Il y a aussi le projet OSKO, plan de santé pour la détresse psychologique, la petite enfance et les habitudes de vie.
Rencontre avec les intervenantes du Centre de Santé de Manawan Erika Palamaro, 2015. (Jacinthe Petiquay et Francine Moer)
Rencontre avec les intervenantes du Centre de Santé de Manawan
Erika Palamaro, 2015.
(Jacinthe Petiquay et Francine Moer)

 

Laurence Blanchette

«L’avenir est indien»

Le visionnement de l’interview radiophonique «L’avenir est indien» produit par Radio-Canada,  vient présenter un reportage sur la communauté Atkiamekw et la télésanté, une initiative établie par des Atikamekws de Manawan pour aider les femmes enceintes de la communauté et ainsi réduire le taux de bébés prématurés (Radio-Canada, 2012). Le fait est que, selon plusieurs recherches, dont une réalisée par Werner en 1986, les enfants ayant un faible poids à la naissance et ayant grandi dans des familles pauvres ont généralement un QI très faible (Bee et Boyd, 2011, p.12). Pourtant, les enfants de même poids à la naissance, mais ayant grandi dans des familles de classe moyenne, ont un QI normal (Bee et Boyd, 2011, p.12).

http://ici.radio-canada.ca/emissions/l_avenir_est_indien/2011-2012/document.asp?idDoc=193954

Anne Geddes, 1988 https://www.flickr.com/photos/jimforest/5388280912/
A life in our hands. Anne Geddes, 1988 https://www.flickr.com/photos/jimforest/5388280912/

La pauvreté de la communauté Atikamekw de Manawan transparaît notamment à travers un recensement important de données très parlantes, mais surtout inquiétantes, instituées par Statistiques Canada en 1992. L’étude montre entre autres que le tiers des familles de Manawan ont un revenu annuel inférieur à 20 000$ et que seulement 5% de la population de la communauté gagne 50 000$ et plus par année, en comparaison avec le reste du Québec où 37,3% des gens gagnent plus de 50 000$ annuellement (Statistique Canada, 1992).

Réserve de Manawan Erika Palamaro, 2015
Réserve de Manawan
Erika Palamaro, 2015

Si l’on considère qu’avant la mise en place du programme de télésanté le taux de bébés prématurés étaient de 18,4% à Manawan, conséquemment ces bébés devaient être de petits poids et par le fait même, étaient beaucoup plus à risque d’avoir un très faible QI que les bébés prématurés issus de familles de classe moyenne. Heureusement pour la communauté, la création du service de télésanté a permis de faire chuter le taux de bébés prématurés de moitié, passant de 18,4% en 2007 à 8,5% en 2011 (Beauchamps Martin, 2011), mais ces bébés restent tout de même à risque de développer certains retards. Économiquement parlant, le développement de la communauté Atikakekw se voit également ralenti par un faible taux d’activité de la population et un taux de chômage plutôt élevé: 39,9 % à Manawan, comparativement à 65,1 % au Québec pour le taux d’activité selon l’étude de 1992 (Statistiques Canada, 1992). Pour ce qui est du taux de chômage, on l’estimait à 22% en 2006 (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Qui plus est, 65% de la population de la réserve recevait l’aide sociale en 2006 (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Concernant 2011, le Conseil des Atikamekws de Manawan précise que le revenu moyen de la population de la communauté et d’environ la moitié de celui des Québécois (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Bref, leur environnement se voit inhiber, ce qui le rend peu stimulant pour le développement de ces membres et nous ramène à nouveau au modèle de résilience et vulnérabilité.

Laurence Blanchette