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Le coton BT en Inde

L’importance du coton en Inde

Le coton est l’une des cultures les plus importantes en Inde. En fait, des millions de paysans pauvres en Inde dépendent de cette culture pour survivre (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Plus précisément, près de 60 millions d’indiens vivent de la culture du coton, de sa transformation ou de son utilisation en industries textiles et alimentaires (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). De plus, malgré le succès de production agricole, soit, à titre indicatif, qui rassemble des exportations de 10 millions de tonnes de céréales en 2001, l’Inde compte plus de personnes affamées que n’importe quel autre pays dans le monde. Près de 20% de la population de l’Inde en 2004 ne mange pas à sa faim selon l’ONU (Pelletier, 2004). En ce sens, le coton est d’une importance capitale, car il aide grandement à réduire la pauvreté en Inde. La production de coton procure donc aux indiens les revenus nécessaires à l’achat de nourriture.

Pourquoi développer le coton BT? Qu’est-ce qui clochait avec le coton traditionnel?

La culture du coton conventionnel connaît toutefois quelques problèmes. Parmi ceux-ci on compte un rendement de production très faible chez les paysans, en raison des insectes nuisibles qui submergent les champs de coton (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Il s’avère que le coton est une plante qui soit très sensible à l’attaque des divers insectes (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Ce faisant, la culture de coton a mené à des utilisations massives de pesticide, provoquant des répercussions environnementales, sanitaires et économiques (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Pour contrer ces problématiques, Monsanto a développé le coton BT, soit un organisme génétiquement modifié. Cette variante faisait en sorte que la plante était désormais immunisée face aux lépidoptères, qui se trouvent à être les principaux ravageurs du coton (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Ainsi, l’utilisation de pesticides était considérablement réduite. En fait, Monsanto émet que l’utilisation du coton BT permet d’éviter en moyenne trois applications d’insecticides, ce qui réduit les frais de production et permet une amélioration du rendement de 30% (Samm, Petriccione, November, 2004). De plus, l’augmentation de rendement que promettait le coton BT de Monsanto semblait être une bonne alternative pour contrer les ravages de la crise alimentaire. Il faut noter que les OGM permettaient «un modèle de monoculture commerciale tourné vers les marchés internationaux» (Canet, 2011), ce qui favorisait les entrées de devise ainsi que l’augmentation de la valeur de la monnaie indienne (Canet, 2011). En effet, les exportations, qui se faisaient de plus en  plus faramineuses en raison du rendement que procure les biotechnologies,  contribuaient à la croissance économique du pays. Ainsi, on considérait que les entrées de devise profiteraient à l’économie de l’Inde, tout comme à celle des autres pays en voie de développement, et, de ce fait, réduirait la pauvreté ainsi que le problème de sous-alimentation.

Les avantages du coton BT

Du point de vue économique, les bénéfices sont incontestables. Les semences OGM furent homologuées par le gouvernement indien en 2002. De 2002 à 2008, il y eut une hausse de rendement si faramineuse que l’adoption des semences est passée de 1,3% en 2003 à 81,1% en 2008 (Petit, 2011). De plus, il s’avère que « la production nationale indienne a doublé en six années, et le pays est devenu le deuxième exportateur mondial de coton, devant les États-Unis» (Petit, 2011, p.1). Considérant seulement cet aspect économique, l’on pouvait presque croire que le coton BT était une solution viable à la crise alimentaire mondiale puisqu’il assurait à plusieurs agriculteurs des revenus considérables, qui leur permettraient de se nourrir malgré la hausse du prix des aliments.

Les désavantages du coton BT

L’un des problèmes du coton BT c’est qu’il est moins efficace que l’on pourrait le penser. En fait, les lépidoptères, insectes contre lesquels le coton BT est sensé être immunisé, développent une résistance à la protéine produite par le gène contenu dans le coton BT supposé éloigner ces insectes. Ainsi, le coton BT n’est plus aussi efficace lorsque les insectes s’adaptent (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). En ce sens, les producteurs de coton BT doivent appliquer de l’insecticide en plus (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006).

Le prix des OGM est aussi à considérer. Ils sont développés par une firme qui a le quasi monopole sur cette technologie, et qui a émis des brevets sur son produit. De ce fait, Monsanto, ou Mahyco, qui est une entreprise affiliée à Monsanto qui opère en Inde, peut fixer le prix des semences comme bon leur semble (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Le risque d’endettement des cultivateurs est énorme lorsque l’on considère le prix des semences, et le risque qu’il y ait des conditions climatiques défavorables à production de coton. Ici, on peut noter que le taux de suicide a grandement augmenté en Inde à cause de l’endettement insupportable que les cultivateurs subissent (Robin, 2008). Toutefois, en ce qui à trait au taux de suicide croissant, il fut tenir compte du fait que l’endettement n’est qu’une des multiples variables qui suscite un suicide (Petit, 2011). Ainsi, il n’y a pas une relation causale entre le coton BT et le taux de suicide croissant en Inde.

Les répercussions sur l’environnement ne doivent pas être négligées. L’utilisation du coton BT et d’insecticides fait en sorte que les lépidoptères sont de plus en plus résistants, mais tue les insectes bénéfiques et les microorganismes du sol dépouillant ainsi le sol de sa fertilité(Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). L’utilisation d’autant de pesticides contribue également à la pollution des eaux (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Par ailleurs, les pesticides utilisés contiennent parfois des substances prohibées par l’OMC, c’est-à-dire l’Organisation mondiale du commerce. À titre d’exemple, certains d’entre eux peuvent être cancérigènes, induire des problèmes de baisse de fertilité ou encore des désordres du système nerveux (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Dans cette optique, les cultivateurs s’exposent à des produits hautement toxiques, puisqu’ils ne respectent pas les précautions sanitaires par manque de moyens financiers ou d’information (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). De plus, le coton, qui est cultivé au soleil, implique un processus de déforestation (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006).

L’opinion des cultivateurs en Inde

En Inde, on peut constater que les OGM étaient voulus et adoptés par la population, notamment au moment de sa commercialisation en 2002 (Petit, 2011). Or, plus récemment, on constate une opinion publique de plus en plus négative entourant cette biotechnologie. En fait, les nombreuses controverses émises par ces biotechnologies n’ont qu’ajouté au mécontentement de la population indienne (Petit, 2011). En ce sens, il y eut des actions sociales qui furent entreprises par la population.

Selon une étude menée par Andhra Pradesh, l’augmentation du rendement via l’utilisation des OGM n’est pas un scénario que les cultivateurs souhaitent. Lors de la réalisation de son étude, elle a proposé trois scénarios aux agriculteurs. Le premier impliquait l’utilisation d’OGM, le deuxième proposait une agriculture biologique où les biens récoltés seraient exportés vers les pays industrialisés, et le troisième proposait l’autosuffisance agraire. Le troisième scénario fut le plus souhaitable chez les cultivateurs indiens.

Recommandations

D’abord, Les répercussions environnementales qu’ont le coton BT et le coton conventionnel, notamment par le biais de la quantité de pesticides utilisés pour leur culture, il serait intéressant d’aborder l’agriculture biologique. Celle-ci propose des solutions saines aux problèmes rencontrés par la culture du coton. Par exemple, elle contrôle le nombre d’insectes nuisibles à la plante via l’implantation d’espèces prédatrices à ces insectes.

Ensuite, les fabricants de semences sont des entreprises privées. Celles-ci jouissent d’un monopole, elles peuvent fixer le prix qu’elles veulent sur leurs produits (Petit, 2011). Ainsi, il serait recommandable de voir les gouvernements des États concernés fixer un prix auquel les entreprises peuvent vendre leurs semences sur leur territoire (Petit, 2011) dans le but de réduire les risques d’endettement chez les agriculteurs.

Puis, il s’avère que la crise alimentaire n’est pas une crise qui s’explique simplement par le biais du manque de ressource pour une population grandissante. En fait, la prédominance de la faim dans le monde est principalement associée à la pauvreté (Saam, Petriccione, Novemer, 2004). S’il y a autant de personnes sous-alimentées, c’est à cause des problèmes d’accès et de distribution de la nourriture. On peut aussi inclure des facteurs tels que les guerres civiles, la mauvaise répartition des terres, l’absence d’infrastructures, la politique de prix agricoles, etc. (Saam, Petriccione, Novemer, 2004). En ce sens, il faudrait que l’on se concentre à faire en sorte que tous et chacun ait accès à de la nourriture, plutôt que de se concentrer à en produire plus.

Pour en savoir plus sur la situation en Inde :

Les problèmes que les agriculteurs indiens rencontrent via la culture du coton BT ne sont pas exclusifs à ceux-ci. En fait, le coton BT prend de l’ampleur et préoccupe d’autres acteurs. Par exemple, voici un court vidéo présentant la situation du coton BT versus le coton conventionnel au Burkina Faso, où la situation est semblable à celle de l’Inde:

 

Sophie Gauthier

Le suicide

Actuellement, la réalité la plus importante qui frappe, non seulement la société Atikamekw, mais bien tous les peuples autochtones, se trouve à être le suicide. Selon Émile Durkheim, l’identité d’une personne constitue le chaînon déterminant de l’autodestruction ou de la préservation d’un individu.

"teenage angst, suicide." by saccharinesmile http://saccharinesmile.deviantart.com/art/teenage-angst-suicide-55373371
« teenage angst, suicide. » by saccharinesmile http://saccharinesmile.deviantart.com/art/teenage-angst-suicide-55373371

Plus précisément, l’identité de tout individu est définie par divers groupes sociaux, tels que la famille, la religion ou encore la société politique et conséquemment, si ces groupes s’affaiblissent, l’individu peut perdre ses repères (Muchielli, 2000, p.48), ce qui explique pourquoi «le suicide varie en raison inverse du degré d’intégration des groupes sociaux dont fait partie l’individu» (Muchielli, 2000, p.48). Autrement dit, le suicide est déterminé, certes par des sentiments individuels, mais en approfondissant on comprend qu’il est plutôt question de ce qu’on pourrait définir par «le vide affectif et la solitude morale dus au défaut d’intégration sociale» (Muchielli, 2000, p.49). Durkheim utilise également le concept d’anomie sociale pour expliquer le dysfonctionnement de certaines sociétés, comme c’est le cas chez les Autochtones, qui ne parviennent plus à intégrer correctement l’individu (Campeau, 2004, p.59). Ce manque ou cette absence de règles sociales communes peut entraîner plusieurs problèmes de société, tels qu’ils ont été mentionnés plus haut (drogues, décrochage, violence, etc.). Tel qu’énoncé par Durkheim, le suicide s’expliquerait par le taux d’intégration d’un individu: plus une personne est intégrée socialement, moins elle risque de se suicider (Campeau, 2004, p.62).

On peut distinguer trois principaux types de suicides, soit le suicide égoïste, le suicide altruiste et le suicide anomique. En fait, le suicide égoïste est le résultat de la non-intégration d’un individu dans un groupe social donné (Campeau, 2004, p.62) tandis que le suicide altruiste résulte plutôt d’une «intégration trop forte de l’individu aux impératifs de groupe»(Campeau, 2004, p.62). Pour ce qui est du suicide anomique, il est question de «la désintégration sociale et de l’affaiblissement des règles qui régissent les comportements des individus et des groupes» (Campeau, 2004, p.62). Concernant les Autochtones, le suicide se présente de façon principalement anomique, puisqu’ils subissent une désintégration sociale, entre autres par le choc des générations ou encore les transformations sociales trop rapides dans les communautés (ex: les Inuits sont passés des igloos à la modernité en moins de 50 ans) (DVD Les jeunes Autochtones du Québec). On peut aussi penser à une forme de suicide égoïste en raison de la non-intégration des individus dans un groupe social (ex: les Autochtones sont quelque peu marginalisés par le reste de la société québécoise et par le gouvernement canadien qui les exclue du système) (DVD Les jeunes Autochtones du Québec). En effet, chez les jeunes autochtones, le taux de suicide est de cinq à huit fois plus élevé que celui de la moyenne nationale (Meney, 2002).

"Depressed (4649749639)" by Sander van der Wel from Netherlands - DepressedUploaded by russavia. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Depressed_(4649749639).jpg#/media/File:Depressed_(4649749639).jpg
« Depressed (4649749639) » by Sander van der Wel from Netherlands – DepressedUploaded by russavia. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Depressed_(4649749639).jpg#/media/File:Depressed_(4649749639).jpg

Le lien suivant permet d’accéder au documentaire Le Pacte, mettant en scène Mélanie Petiquay, intervenante auprès des jeunes qui a été affligée par des suicides successifs dans sa famille et qui continue son combat face à ce fléau.

http://cve.grics.qc.ca/fr/916/3528?destination=/

Aussi, selon l’étude réalisée par Lívia Vitenti pour l’Université de Montréal, les principaux facteurs pouvant mener un individu au suicide en milieu autochtone sont caractérisés par le manque d’affection, la violence sexuelle/inceste, la consommation d’alcool et de drogues, les changements de mode de vie et les séquelles liées au système de pensionnats (précisons que Manawan a connu deux pensionnats, dont un, celui d’Amos, ayant une très mauvaise réputation) (Vitenti, 2011, p.220-230). Le suicide n’est pas étranger à la communauté de Manawan. Effectivement, plusieurs rites et coutumes sont associés à la mort, certains n’étant cependant pas encouragés par tous, tel le port d’un bracelet noir ou blanc en cas de décès. Comme il vient tout juste d’être mentionné, ce qui pousse un individu à se suicider peut dépendre de plusieurs facteurs. Le docteur Pierre Gagné approfondi cette observation en établissant un modèle de facteurs successifs qui peut inciter un individu à s’enlever la vie soit, une vulnérabilité préexistante de l’individu, suivi d’un problème de dépendance, auxquels si on ajoute un environnement difficile et un facteur de pauvreté, peuvent mener l’individu à vivre une dépression et conséquemment, le pousser au suicide (Meney, 2002). Malheureusement, c’est l’une des graves réalités qui frappent les peuples Autochtones encore aujourd’hui.

Laurence Blanchette

 

«L’avenir est indien»

Le visionnement de l’interview radiophonique «L’avenir est indien» produit par Radio-Canada,  vient présenter un reportage sur la communauté Atkiamekw et la télésanté, une initiative établie par des Atikamekws de Manawan pour aider les femmes enceintes de la communauté et ainsi réduire le taux de bébés prématurés (Radio-Canada, 2012). Le fait est que, selon plusieurs recherches, dont une réalisée par Werner en 1986, les enfants ayant un faible poids à la naissance et ayant grandi dans des familles pauvres ont généralement un QI très faible (Bee et Boyd, 2011, p.12). Pourtant, les enfants de même poids à la naissance, mais ayant grandi dans des familles de classe moyenne, ont un QI normal (Bee et Boyd, 2011, p.12).

http://ici.radio-canada.ca/emissions/l_avenir_est_indien/2011-2012/document.asp?idDoc=193954

Anne Geddes, 1988 https://www.flickr.com/photos/jimforest/5388280912/
A life in our hands. Anne Geddes, 1988 https://www.flickr.com/photos/jimforest/5388280912/

La pauvreté de la communauté Atikamekw de Manawan transparaît notamment à travers un recensement important de données très parlantes, mais surtout inquiétantes, instituées par Statistiques Canada en 1992. L’étude montre entre autres que le tiers des familles de Manawan ont un revenu annuel inférieur à 20 000$ et que seulement 5% de la population de la communauté gagne 50 000$ et plus par année, en comparaison avec le reste du Québec où 37,3% des gens gagnent plus de 50 000$ annuellement (Statistique Canada, 1992).

Réserve de Manawan Erika Palamaro, 2015
Réserve de Manawan
Erika Palamaro, 2015

Si l’on considère qu’avant la mise en place du programme de télésanté le taux de bébés prématurés étaient de 18,4% à Manawan, conséquemment ces bébés devaient être de petits poids et par le fait même, étaient beaucoup plus à risque d’avoir un très faible QI que les bébés prématurés issus de familles de classe moyenne. Heureusement pour la communauté, la création du service de télésanté a permis de faire chuter le taux de bébés prématurés de moitié, passant de 18,4% en 2007 à 8,5% en 2011 (Beauchamps Martin, 2011), mais ces bébés restent tout de même à risque de développer certains retards. Économiquement parlant, le développement de la communauté Atikakekw se voit également ralenti par un faible taux d’activité de la population et un taux de chômage plutôt élevé: 39,9 % à Manawan, comparativement à 65,1 % au Québec pour le taux d’activité selon l’étude de 1992 (Statistiques Canada, 1992). Pour ce qui est du taux de chômage, on l’estimait à 22% en 2006 (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Qui plus est, 65% de la population de la réserve recevait l’aide sociale en 2006 (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Concernant 2011, le Conseil des Atikamekws de Manawan précise que le revenu moyen de la population de la communauté et d’environ la moitié de celui des Québécois (Conseil des Atikamekws de Manawan, 2014). Bref, leur environnement se voit inhiber, ce qui le rend peu stimulant pour le développement de ces membres et nous ramène à nouveau au modèle de résilience et vulnérabilité.

Laurence Blanchette

Double mauvais sort

Pour chaque société, les approches interactionnistes permettent de rendre compte de l’interaction de l’environnement et de la biologie en ce qui a trait au développement de l’être humain. Effectivement, on constate que les phénomènes de nature et de culture n’agissent pas indépendamment l’un de l’autre. Au contraire, on observe une fusion entre les influences de ces deux facteurs pour expliquer certains comportements de l’individu (Bee et Boyd, 2011, p10). Les modèles de la vulnérabilité (associés aux facteurs de risque) et de la résilience (associés aux facteurs de protection) en viennent justement à approfondir cette relation d’interdépendance du développement humain(Bee et Boyd, 2011, p.11).

Du point de vu psychologique, Boris Cyrulnik en est venu à définir le terme résilience par «la capacité de surmonter un environnement difficile ou une expérience traumatisante»(Bee et Boyd, 2011, p.11). Plusieurs théoriciens défendent les modèles de résilience et de vulnérabilité pour expliquer les différences de comportements entre les individus d’un même milieu. Plus précisément, un enfant peut naître avec certains facteurs de protection (tempérament facile, bonne coordination, etc.), mais aussi avec certaines faiblesses (allergies, tendances héréditaires à l’alcoolisme, anomalies physiques, etc.) qui en viennent à lui procurer ou non une plus grande capacité d’adaptation ou de souplesse et sont déterminants du fait qu’un même environnement puisse avoir des effets différents selon les caractéristiques d’un enfant (Bee et Boyd, 2011, p.11). Frances Horowitz a établi un modèle de cette interaction entre vulnérabilité, résilience et environnement pour expliquer les résultats développementaux possibles d’un enfant.

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Modèle Vulnérabilité-Résilience. Helen BEE et Denise BOYD, Les Âges de la vie : psychologie du développement humain, 4e édition, Saint-Laurent, Éditions du Renouveau pédagogique, 2011, p.10

 Entre autres, on observe que la combinaison de divers facteurs de facilitation et de vulnérabilités en viennent à interagir ensemble. Plus exactement, un enfant considéré comme étant résilient (peu de faiblesses, beaucoup de facteurs de protection) peut très bien réussir à se développer dans un milieu «peu stimulant» (Bee et Boyd, 2011, p.12). Il en va de même pour un enfant vulnérable: il peut très bien réussir à s’épanouir dans un environnement très facilitant. Le problème se présente lorsqu’un enfant fait face au phénomène de double mauvais sort, soit un enfant vulnérable grandissant dans un milieu peu stimulant (Bee et Boyd, 2011, p.11). C’est malheureusement lorsque cette situation apparaît qu’un enfant présente de faibles résultats développementaux.

Erika Palamaro, 2015
Dans les rues de Manawan. Erika Palamaro, 2015

Effectivement, le fait que l’environnement soit peu propice à l’épanouissement des individus (insalubrité des établissements scolaires(Olivier, 2012), malpropreté dans les rues, violence, chômage important, etc.) auquel s’additionne des facteurs de vulnérabilité chez l’enfant (prédispositions héréditaires liées à l’alcoolisme ou la toxicomanie des parents, tempérament difficile, etc.) en viennent à entraver le développement des individus, les pénalisant ainsi au niveau scolaire, social et économique. Ces observations nous poussent donc à déduire que le problème qui frappe présentement les communautés autochtones est précisément un phénomène de double mauvais sort, ces derniers étant vulnérables et vivant dans un environnement peu stimulant.

Laurence Blanchette