Archives de catégorie : Santé mentale et éducation : les initiatives dans la communauté de Manawan

Éditorial: La Nation Atikamekw, un peuple ignoré?


Kwe!

Au cours de la session d’automne 2014, nous avons eu la chance de pouvoir nous inscrire à un projet bien particulier dans le cadre de notre cours de Démarche d’intégration en Sciences humaines. Nous nous sommes donc retrouvés, dix étudiants intéressés par la question autochtone, près à faire un projet intégrateur à ce sujet et à séjourner dans la communauté atikamekw de Manawan.

Dès le premier cours de la session d’hiver, notre équipe s’est formée . Toutes les quatre étant allumées au sujet des défis sociaux dans cette communauté, nous avons décidé de dédier notre projet à la culture et aux rites ainsi qu’aux problématiques face à la santé, l’éducation et à la pauvreté de cette nation.

En premier lieu, pour chacun de nos sujets, nous nous sommes posées la question suivante: «Quelles sont les causes et les conséquences des défis sociaux chez les Atikamekws et quelles sont les initiatives mises en place par la communauté afin de les surmonter?». Nous avons donc commencé par faire une liste des concepts que nous connaissons déjà à ce sujet en lien avec des matières de Sciences humaines et nous avons défini les sous-thèmes sur lesquels chacune voulait travailler. Ainsi, nous avons décidé de nous pencher sur les problématiques qui nous semblaient les plus présentes dans les communautés autochtones, soit les troubles de santé mentale, la toxicomanie et le suicide abordés par Laurence, les problèmes liés à la pauvreté présentés par Éloïse, et finalement les défis rencontrés dans le domaine de l’éducation avec Camille. Afin de bien renseigner le lecteur et de bien mettre en contexte notre projet, Élisabeth a tout d’abord bien expliqué l’historique et la culture de la nation atikamekw.

Par la suite, chaque membre de l’équipe a effectué  une recherche bibliographique afin de trouver des sources intéressantes à la mise sur pied de notre projet intégrateur. À la suite de ces recherches, nous étions plus en mesure de cerner les problématiques sociales présentes chez les peuples de premières nations, plus particulièrement au sein de la communauté atikamekw de Manawan. Cette première étape de notre travail s’est terminée avec la remise de notre rapport préliminaire. À la suite des corrections émises par notre enseignante sur ce premier travail, nous avons pu cerner les points à améliorer en vue de la publication de ce blogue. La date du départ pour Manawan approchant et étant de plus en plus fébriles face à la hâte de vivre cette expérience extraordinaire, nous avons dressé une liste des choses à améliorer, et nous nous sommes préparées, par le biais de formations, de réunions lors des pauses communes, et de discussions en équipe, à la rencontre imminente avec  la communauté.

Finalement, le moment tant attendu est arrivé! Du 6 au 9 avril, nous sommes partis, notre équipe, six autres étudiants et deux professeures, pour Manawan. Lors de ce séjour, nous avons eu la chance de nous entretenir avec de nombreux intervenants dans les domaines de la santé et de l’éducation en plus de rencontrer et de discuter avec des gens de la communauté, et ainsi avons pu ajouter des informations prises sur le terrain à celles que nous avons trouvées lors de notre recherche documentaire.

À la lumière de nos recherches et de nos rencontres à Manawan, nous sommes dans la capacité de dire que cette communauté, comme beaucoup d’autres communautés autochtones, se trouve dans une  situation de vulnérabilité constante. Que cela soit dans n’importe quel domaine, les communautés autochtones sont toujours mises en état de dépendance face au gouvernement fédéral, ce qui est une cause très importante de la pauvreté du peuple. De plus, si le Québec se décrit comme une nation tolérante et ouverte aux autres cultures, il ne l’est pas envers les communautés autochtones. En effet, de nombreux préjugés sont encore existants aujourd’hui, et le racisme est très présent envers les autochtones. Pourquoi, en 2015, défend-on les droits des immigrants, en gardant les préjugés contre les peuples qui habitent notre territoire depuis toujours, en les excluant? Pour nous, cette situation est totalement aberrante, et nous croyons que le premier pas pour aider les autochtones à  se sortir de la misère est de passer par-dessus les préjugés et les différences de culture, afin d’entretenir une relation d’entraide et non de méfiance. Nous croyons aussi que la loi sur les Indiens contribue à l’injustice vécue par les premières nations est se devrait d’être révisée afin de réduire les tensions entre les autochtones et les Québécois/Canadiens, et contribuerait à améliorer les conditions de vie des premiers.

Pour finir, notre séjour à Manawan toujours dans la tête et dans le coeur, nous sommes impatientes de partager avec vous notre expérience et souhaitons de tout coeur vous sensibiliser face à cette problématique, et ainsi faire un pas de plus vers l’abolition des nombreux préjugés malheureusement toujours présents dans notre société.

Camille Saucier
Éloïse Gingras
Laurence Blanchette
Élisabeth Leblanc

 

 

Portrait de la communauté

Ayant choisi de travailler sur la situation des Atikamekws pour notre projet de fin de diplôme d’études collégiales. J’ai débuté ma recherche pour découvrir ce peuple qui vit dans la même province que nous. Les Atikamekws font partie de la tribu algonquienne. La communauté Atikamekw est répartie sur trois réserves : Opitciwan, Wemotaci et Manawan. Au départ, j’ai découvert que le mot «Atikamekw» signifie poisson blanc et le mot Manawan signifie l’endroit où l’on cueille des œufs. Ils ont été appelés comme cela, car ce peuple mange beaucoup de corégone, un poisson blanc. Ce peuple est aussi appelé Têtes-de-Boule. Pour certains, ces deux noms réfèrent au même peuple alors que pour d’autres, il y a un peuple nommé Atikamekw et un autre nommé Têtes-de-Boule. Il y a deux hypothèses à ce sujet : les Atikamekw seraient disparus et remplacés par les Têtes-de-Boule après des attaques iroquoises et des maladies ou les Atikamekw auraient tout simplement changé de nom avec le temps (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil). Lors de l’arrivée de Jacques Cartier, la tribu était située sur «la partie Sud des rives du St-Laurent, de la hauteur des Grands Lacs jusqu’à la région (sud) de Montréal» (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil). Maintenant, les Atikamewks sont établis au centre de la province du Québec. Le village de Manawan est situé au nord de Saint-Michel-des-Saints, où il faut prendre un chemin forestier et y effectuer 90 kilomètres pour finalement atteindre la réserve. Aujourd’hui, le territoire de la nation Atikamekw comprend 80 000 kilomètres carrés (Radio-Canada, 2014).

Élisabeth

Le corégone

Source de l’image : «Coregonus  noyi», Wikipédia.org, [En ligne], http://ca.wikipedia.org/wiki/Coregonus (page consultée le 16 avril 2015)

 

 

Un peu d’histoire…

Lors de l’arrivée des missionnaires, ceux-ci tentaient de ridiculiser le peuple Atikamekw de diverses façons. Hyacinthe Combary, un Africain ayant trouvé en le peuple Atikamekw une tribu qui lui fait penser au mode de vie de son pays d’origine, a réalisé un documentaire intitulé Histoire de sable (Hyacinthe Combary, 2004). Dans ce documentaire, il rencontre Charles Coocoo, un philosophe Atikamekw qui mentionne que les missionnaires avaient tendance à mal prononcer les noms des membres de la communauté pour les ridiculiser. Aussi, il y a eu le temps des pensionnats, où on retirait les jeunes Atikamekw de leur famille pour les séparer et les assimiler.

Documentaire Histoire de sable par Hyacinthe Combary: https://www.onf.ca/film/histoire_de_sable

En 1661, les Iroquois ont attaqué les Atikamekw. À cause des conflits entre ces deux peuples, les Atikamekw ont disparu des textes des missionnaires jusqu’à la fin de la décennie parce qu’ils étaient moins nombreux (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil). De surcroît, plusieurs maladies ont attaqué le peuple atikamekw, telle que la variole qui s’est répandue dans la communauté durant la même période que l’attaque des Iroquois.

La Proclammation royale de 1763 a permis une grande avancée dans les droits des Autochtones. Celle-ci décrète que les Autochtones ont une autorité politique et ont les mêmes droits que les non autochtones. Il y a aussi mention du principe d’égalité quant aux territoires, c’est-à-dire qu’il doit y avoir discussion entre l’État et le Conseil autochtone en ce qui a trait à des changements de territoire (Commission royale sur les peuples autochtones, 2012).

Lorsque les compagnies forestières ont commencé à s’intéresser à la région de Manawan, des Atikamekw ont été embauchés pour couper le bois et faire le flottage de billots sur la rivière. Cet évènement a causé un établissement plus permanent dans la région. La Compagnie de la Baie d’Hudson s’est aussi installée et a commencé à acheter les fourrures de la famille algonquienne, mais il offrait bien moins que leur valeur réelle. De surcroît, la compagnie vendait des fusils à prix élevés, alors peu d’Amérindiens en possédaient. La compagnie s’enrichissait énormément, car en payant les peaux avec de l’argent, les Amérindiens devaient ensuite dépenser l’argent à la Compagnie de la Baie d’Hudson puisque c’était le seul endroit qui commerçait avec de l’argent (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil). Cette situation représente très bien le mécanisme d’accumulation du capital de l’échange inégal puisque la Compagnie de la Baie d’Hudson profitait des Amérindiens en revendant les fourrures à profit. C’est la dépendance des Amérindiens envers les postes de traite de fourrure.

Dans le but de développer la région, il y a eu la construction du chemin de fer et cela a engendré de nombreux feux de forêt. Les compagnies forestières ont obtenu les régions qui n’étaient pas affectées et ont refusé l’accès aux Atikamekw qui désiraient y pêcher. En plus, les chemins de fer ont permis à des blancs de venir s’emparer de forêts pour la coupe d’arbres (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil).

Au début du XXème siècle, les Atikamekw ont des difficultés territoriales : manque d’animaux pour la chasse, forêt brûlée et chemin de fer. Donc, ce moment est marquant dans le développement de la région de Manawan. Cependant, la construction du chemin de fer a eu des répercussions négatives sur ce peuple, principalement la fuite du gibier et les feux de forêt. Le territoire peuplé se nomme Metapeckeka à cette époque, mais cette région est maintenant appelée Manawan. À cause de demandes gouvernementales, les Atikamekw sont passés de chasseurs et pêcheurs à agriculteurs, pour laisser le champ libre aux compagnies forestières (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil).

 Charles Coocoo, philosophe Atikamekw

Source : «CharlesCoocoomaelstrom», 2008, Wikimedia Commons, [En ligne], http://commons.wikimedia.org/wiki/File:CharlesCoocoo_maelstrom_fie.jpg (page consultée le 27 avril 2015)

 

Élisabeth

 

 

Le terme de réserve par le gouvernement et les revendications territoriales

Louis Newashish, le chef de la région à la fin du 19ème siècle, a demandé au gouvernement d’accorder une portion de territoire aux Atikamekws. En réponse aux multiples demandes de celui-ci, le gouvernement offre la réserve de Maniwaki (une réserve apparue en 1850). Cependant, le peuple ne voulait pas déménager à cet endroit, alors le gouvernement a accordé la réserve de Wemotaci (crée en 1880) et puis finalement, il y a eu la création de la réserve de Manawan en 1906 (Patrimoine canadien, 2006-2015).

Les revendications territoriales chez les Atikamekw ont débuté dans les années 70. En 1975, il y a eu association des Atikamekws et des Montagnais pour enquêter et revendiquer chacun leurs territoires. Deux rencontres avec les premiers ministres Robert Bourassa et Jacques Parizeau en 1994. En 2013, les Atikamekw et les Montagnais mettent fin à leur association. Dès ce moment, les Atikamekw ont pris en charge toutes leurs négociations et ils ont déposé leur offre sur la question du territoire en 1994 (Patrimoine canadien, 2006-2015).

En 2014, il y eu la déclaration de souveraineté de la part des Atikamekws, adoptée par tous les représentants élus de la nation (Radio-Canada, 2014).

Lien de radio-Canada pour la declaration de la souveraineté des Atikamekws :http://ici.radio-canada.ca/regions/mauricie/2014/09/08/004-nation-atikamekw-declaration-souverainete-territoire.shtml

Élisabeth

 

L’importance des saisons

Pour les Atikamekw, les saisons ont un grand impact quant aux activités de la région. Durant le Sikon (le mois de mars et avril), il y a les temps des érables. Cette saison permet la création de paniers d’écorce avec de la gomme d’épinette. Durant cette saison, il y a aussi la cueillette d’eau d’érable. Les Atikamekw utilisent le coton pour filtrer l’eau d’érable et il y a dégustation de tire d’érable (Patrimoine canadien, 2006-2015).Lors de notre séjour à Manawan, nous avons eu l’occasion de manger dans une tente à sucre et de discuter avec des gens de la communauté dans celle-ci.

Par la suite, il y a le Miroskamin (le mois de mai et juin). C’est le temps des fraises et de l’inventaire des ressources. Durant cette période, «on pêche au filet le doré, la truite grise et la truite rouge, on trappe le rat musqué et le castor, on chasse le canard et la perdrix, on dépèce le gibier et on apprête les peaux» (Patrimoine canadien,2006-2015).

L’été s’installe et c’est la saison nommée Nipin. Alors, «c’est la saison de la chasse au petit gibier (canards, perdrix, lièvres), de la pêche au filet (doré, brochet, truite rouge, truite grise), de la cueillette de l’écorce, des plantes médicinales et de petits fruits, dont le bleuet, à partir duquel on fabrique une pâte très dense et nourrissante qui est le dessert de la saison» (Patrimoine canadien, 2006-2015).

Il y a l’automne (nommé Takwakin) durant lequel on chasse l’orignal et on pêche le corégone. La peau est utilisée pour faire des raquettes (Patrimoine canadien, 2006-2015).

La prochaine saison est le pré-hiver (le Pitcipipon), c’est le mois de novembre et de décembre sur le calendrier. C’est la saison de la trappe de petits animaux pour faire de belles fourrures, principalement avec la peau du castor (Patrimoine canadien, 2006-2015).

Finalement, il y a le Pipon, c’est-à-dire l’hiver du mois de janvier et février. Pour les Atikamekw, c’est le mois de la marmotte. Durant l’hiver, les habitants continuent à pêcher et à fabriquer des raquettes pour se promener sur la neige (Patrimoine canadien, 2006-2015).

Élisabeth

La culture atikamekw

Les Atikamekw adoptent un mode de vie traditionnel. Ils sont un peuple nomade de tradition orale (Tourisme Manawan, www.voyageamerindiens.com).

Dans un documentaire de l’ONF, Hyacinthe Combary propose une comparaison entre les Atikamekw et son peuple ancestral, celui des Gourmantché au Burkina Faso (Hyacinthe Combary, 2004). Les deux peuples ont été colonisés et il y a eu tentative d’assimilation. C’est pourquoi ces peuples ressentent la nécessité de protéger leur langue. Dans les deux cultures, il y a un grand respect envers les aînés, ce qui ne fait pas partie des valeurs des peuples plus modernes. De plus, la nature est vénérée et par conséquent, il y a préoccupation environnementale. Dans ce documentaire, il est aussi mentionné maintes fois la symbolique du tambour qui permet le rassemblement de la tribu (Hyacinthe Combary, 2004). La musique peut être aussi harmonisée avec des chants. Un autre rite très pratiqué dans la communauté atikamekw est celui de la purification.

Il existe une fondation pour études chamaniques fondée par Michael Harner, un anthropologue. Cette fondation a comme but «d’étudier, d’enseigner et de préserver le chamanisme» (The foundation for shamanic studies, 2010-2014). Le chamanisme est caractérisé par les croyances en les esprits des animaux et la possibilité de faire des rêves prémonitoires. Durant la production de son documentaire, Hyacinthe a interrogé un chasseur qui a mentionné qu’il y a une croyance entre chasseurs que chacun va voir un esprit animal au moins une fois au cours de leur vie.

Les histoires importantes de la tradition orale sont composées de trois récits principaux : le début des temps, les éléments de la nature et «l’ordre de choses ou des éléments après l’avènement d’un déluge» (Tourisme Manawan, www.voyageamerindiens.com).

La langue atikamekw est parlée par toute la communauté, car elle est transmise d’une génération à l’autre et par l’éducation qui se fait en atikamekw jusqu’à la fin du primaire. Par conséquent, elle est la plus utilisée dans la vie quotidienne (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil). Dans la langue atikamekw, les mots se sont établis à cause des ressources et des éléments présents sur leur territoire. Par conséquent, tout ce qui ne fait pas partie de leur vie n’a pas de mot atikamekw pour le définir (Tourisme Manawan, www.voyageamerindiens.com).

La majorité de la communauté atikamekw est catholique. Comme en général au Québec, ce sont les personnes âgées qui sont les plus pratiquantes. Cependant, les rites tels que Noêl et Pâques sont importants et tous les citoyens y participent .La première chapelle à Manawan a été construite en 1904, mais elle a été détruite lors d’une tornade. Celle-ci a été rebâtie en 1942 et 1943 (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil).

La musique de la communauté «a rapport au territoire, aux ancêtres, au mode de vie, aux traditions, aux ressources, aux relations entre les membres d’une famille, d’une communauté, la vie en général» (Patrimoine canadien, 2006-2015, www.manawan.org/accueil).IMG_6595

Élisabeth

Église de Manawan

Source de la photo: Erika Palamaro, 2015

Les cérémonies

La cérémonie du nouveau-né : Lors d’une naissance, il y a une cérémonie où «la mère présente l’enfant à tous les aînés, qui forment un cercle» (Michelle Provost, 1994,p.10) . Il y a don d’objets ayant une symbolique au nouveau-né, ainsi que prières et chants pour célébrer l’évènement (Michelle Provost, 1994, p.10).

La cérémonie des premiers pas : Lorsqu’un enfant fait ses premiers pas, il y a une cérémonie le matin dans une tente orientée vers l’est afin de laisser passer la lumière. L’enfant marche avec son parrain et sa marraine sur des branches de sapin. Après la marche, l’enfant reçoit «du gibier, une gibecière, un petit arbre décoré de rubans et une hache» (Michelle Provost, 1994, p.10). De plus, le garçon peut tirer un coup de fusil pour la première fois. Pour une jeune fille, on lui offre un Tikinakan (un porte-bébé) pour symboliser le don de la vie. Ce rituel confirme la responsabilité de chacun envers l’enfant pour l’accompagner tout au long de sa vie (Michelle Provost, 1994, p.10).

Lien pour la video de Wapikoni mobile sur le Tikinakan :http://www.wapikoni.ca/films/tikinakan

La cérémonie de sudation Matotasiwatekw : Cette cérémonie, destinée principalement aux adultes, se déroule dans une tente, où l’individu se recueille durant quelques heures. Des pierres chaudes sont placées au centre de celle-ci et on rajoute de l’eau et de la vapeur pour créer une impression de sauna. Durant la séance, c’est le temps de réfléchir sur sa propre vie (Michelle Provost, 1994, p.11).

Le deuil : Lorsqu’un individu de la communauté meurt, on expose le corps dans la maison du défunt durant trois journées et nuits. De surcroît, «les membres de la famille portent un bracelet noir en tissu, qu’ils gardent jusqu’à ce qu’il s’use et se détache» . Aussi, à la fin des repas, «les restes de nourriture sont brûlés par respect pour l’esprit du défunt» (Michelle Provost, 1994, p.26). Lorsqu’il vient le temps de l’enterrement, un repas est préparé pour le mort et tout le monde embrasse le cadavre par respect. Au moment où le cercueil est inséré dans la terre, chaque invité jette une poignée de terre dessus. Finalement, les possessions de la personne décédée sont seulement redistribuées 6 mois à 1 an après sa mort (Michelle Provost, 1994, p.26).

Le jour de l’an : À minuit au jour de l’an et avant le lever du premier jour de l’année, les aînés tirent des coups de fusil vers le ciel. De plus, les membres de la communauté se donnent des câlins (Michelle Provost, 1994, p.26).

Élisabeth

Rencontre avec Karine Awashish

Au cours de la semaine des sciences humaines, nous avons eu une formation avec Karine Awashish. Elle nous a donné quelques informations supplémentaires pour enrichir nos connaissances sur le sujet.

Quelques petites statistiques :

-5-10 % des Atikamekw habitent en milieu urbain

-75% de la population a moins de 35 ans

-40 % de la population a moins de 15 ans

D’un point de vue historique, elle a mentionné la loi sur les Indiens de 1872. Cette loi prévoit les fonctionnements politiques et met sous tutelle les Indiens. Cette loi existe depuis 100 ans et dicte le fonctionnement de la réserve. Elle croit qu’il serait difficile de briser cette dépendance entre les premières nations et le gouvernement.

Ce groupe devient de plus en plus peuplé et a de nombreuses problématiques sociales : manque de logements, manque de travail et surpeuplement des maisons qui appartiennent principalement au Conseil de bande. Il y a aussi monté des problèmes de santé et des problèmes de santé mentale.

Finalement, elle croit que la solution serait d’aider la communauté à devenir plus autonome et de miser sur la coopération.

Lien pour le visionnement de presentation de Kariane Awashish par Nikan :

https://ressources.cgodin.qc.ca/login?url=http://cve.grics.qc.ca/fr/861/5951

Élisabeth

 

Nouveaux apprentissages concernant les rituels et la culture Atikamekw durant le séjour à Manawan

Le premier jour complet à Manawan, nous avons rencontré Annick Flamand au Conseil de bande. Elle est aussi la représentante des femmes autochtones du Québec des trois communautés atikamekw. Durant la rencontre, elle a mentionné le rituel du placenta. Les femmes ayant une fausse couche et allant voir un médecin à Joliette ont de la difficulté à ramener leur placenta dans la réserve. Elles voudraient le ramener pour l’enterrer dans la terre et planter un arbre à cet endroit pour symboliser la relation avec la Terre-Mère.

De plus, il y a la célébration du Pow-wow, un rassemblement culturel qui permet une communication avec les esprits. C’est un évènement où tout le monde peut participer, mais il y a un cheminement à faire pour se préparer à la fête. Par exemple, la fabrication d’un régalia (un costume qui est souvent porté lors de Pow-wow) doit se faire tranquillement et le savoir de la fabrication doit être transmis. Pour les Atikamewks, les plumes disent beaucoup à propos d’une personne : qu’est-ce qu’elle a parcourue et son chemin futur. De plus, les autochtones ne tuent pas les oiseaux pour recueillir les plumes, mais attendent que le créateur l’offre comme symbole d’un devoir pour la communauté.

Pour ce qui est des guérisseurs de la région, il y en a 2 ou 3 assez reconnus à Manawan. Madame Flammand a précisé que Fernand Niquay était le plus connu.

Malheureusement, il y a aussi certains rituels et traditions qui ont tendance à disparaître avec le temps. C’est le cas de la fabrication de canots, de raquettes et de Tikinakan.

Durant l’après-midi, nous avons rencontré Jolianne Ottawa, Francine Moer et Jacinthe Petiquay. Elles ont parlé de l’alphabet atikamekw qui ne contient que 15 lettres et le fait qu’il y a un dictionnaire atikamekw. Pour nous donner plus d’information sur le rituel du placenta, elles ont mentionné que c’est seulement une partie du placenta qui est planté alors que l’autre partie est utilisée pour faire un médicament.

Finalement, nous avons rencontré plusieurs membres du personnel de l’école secondaire Otapi. Monsieur Volant, le directeur de l’école a parlé de la construction de l’aréna dans la réserve, il y a environ 1 an et demi. Il a précisé que ce changement a augmenté les conditions de vie des jeunes, puisqu’à la place de traîner dans les rues, ils peuvent s’occuper en participant à des activités. Le hockey n’est pas la seule activité pratiquée par les jeunes de la région, il y a aussi le basketball, la marche et le projet cirque du monde qui avait pour but de parler de suicide, comme nous a mentionné Mélanie Petiquay, l’intervenante scolaire.

Hyperlien pour voir le film Le Pacte de Melanie Petiquay: https://ressources.cgodin.qc.ca/login?url=http://cve.grics.qc.ca/fr/916/3528

Finalement, nous avons rencontré un artisant chez lui. Lors de cette rencontre, il nous a parlé de son parcours de vie et nous a montré ce qu’il fabrique. De plus, il nous a joué une chanson au tambour et montré les vêtements qu’il porte au Pow-wow.

Élisabeth

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Annick Flamand, agente d’employabilité et membre de Conseil de bande

Source: Erika Palamaro, 2015IMG_6751

Jacinthe Petiquay, Francine Moer, infirmières

Jolianne Ottawa, infirmière et membre de Conseil de bande

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M. Volant, directeur de l’école secondaire

Source: Erika Palamaro, 2015

 

 

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Artisan

SourceLErika Palamaro, 2015

 

Double mauvais sort

Pour chaque société, les approches interactionnistes permettent de rendre compte de l’interaction de l’environnement et de la biologie en ce qui a trait au développement de l’être humain. Effectivement, on constate que les phénomènes de nature et de culture n’agissent pas indépendamment l’un de l’autre. Au contraire, on observe une fusion entre les influences de ces deux facteurs pour expliquer certains comportements de l’individu (Bee et Boyd, 2011, p10). Les modèles de la vulnérabilité (associés aux facteurs de risque) et de la résilience (associés aux facteurs de protection) en viennent justement à approfondir cette relation d’interdépendance du développement humain(Bee et Boyd, 2011, p.11).

Du point de vu psychologique, Boris Cyrulnik en est venu à définir le terme résilience par «la capacité de surmonter un environnement difficile ou une expérience traumatisante»(Bee et Boyd, 2011, p.11). Plusieurs théoriciens défendent les modèles de résilience et de vulnérabilité pour expliquer les différences de comportements entre les individus d’un même milieu. Plus précisément, un enfant peut naître avec certains facteurs de protection (tempérament facile, bonne coordination, etc.), mais aussi avec certaines faiblesses (allergies, tendances héréditaires à l’alcoolisme, anomalies physiques, etc.) qui en viennent à lui procurer ou non une plus grande capacité d’adaptation ou de souplesse et sont déterminants du fait qu’un même environnement puisse avoir des effets différents selon les caractéristiques d’un enfant (Bee et Boyd, 2011, p.11). Frances Horowitz a établi un modèle de cette interaction entre vulnérabilité, résilience et environnement pour expliquer les résultats développementaux possibles d’un enfant.

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Modèle Vulnérabilité-Résilience. Helen BEE et Denise BOYD, Les Âges de la vie : psychologie du développement humain, 4e édition, Saint-Laurent, Éditions du Renouveau pédagogique, 2011, p.10

 Entre autres, on observe que la combinaison de divers facteurs de facilitation et de vulnérabilités en viennent à interagir ensemble. Plus exactement, un enfant considéré comme étant résilient (peu de faiblesses, beaucoup de facteurs de protection) peut très bien réussir à se développer dans un milieu «peu stimulant» (Bee et Boyd, 2011, p.12). Il en va de même pour un enfant vulnérable: il peut très bien réussir à s’épanouir dans un environnement très facilitant. Le problème se présente lorsqu’un enfant fait face au phénomène de double mauvais sort, soit un enfant vulnérable grandissant dans un milieu peu stimulant (Bee et Boyd, 2011, p.11). C’est malheureusement lorsque cette situation apparaît qu’un enfant présente de faibles résultats développementaux.

Erika Palamaro, 2015
Dans les rues de Manawan. Erika Palamaro, 2015

Effectivement, le fait que l’environnement soit peu propice à l’épanouissement des individus (insalubrité des établissements scolaires(Olivier, 2012), malpropreté dans les rues, violence, chômage important, etc.) auquel s’additionne des facteurs de vulnérabilité chez l’enfant (prédispositions héréditaires liées à l’alcoolisme ou la toxicomanie des parents, tempérament difficile, etc.) en viennent à entraver le développement des individus, les pénalisant ainsi au niveau scolaire, social et économique. Ces observations nous poussent donc à déduire que le problème qui frappe présentement les communautés autochtones est précisément un phénomène de double mauvais sort, ces derniers étant vulnérables et vivant dans un environnement peu stimulant.

Laurence Blanchette