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Le coton BT en Inde

L’importance du coton en Inde

Le coton est l’une des cultures les plus importantes en Inde. En fait, des millions de paysans pauvres en Inde dépendent de cette culture pour survivre (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Plus précisément, près de 60 millions d’indiens vivent de la culture du coton, de sa transformation ou de son utilisation en industries textiles et alimentaires (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). De plus, malgré le succès de production agricole, soit, à titre indicatif, qui rassemble des exportations de 10 millions de tonnes de céréales en 2001, l’Inde compte plus de personnes affamées que n’importe quel autre pays dans le monde. Près de 20% de la population de l’Inde en 2004 ne mange pas à sa faim selon l’ONU (Pelletier, 2004). En ce sens, le coton est d’une importance capitale, car il aide grandement à réduire la pauvreté en Inde. La production de coton procure donc aux indiens les revenus nécessaires à l’achat de nourriture.

Pourquoi développer le coton BT? Qu’est-ce qui clochait avec le coton traditionnel?

La culture du coton conventionnel connaît toutefois quelques problèmes. Parmi ceux-ci on compte un rendement de production très faible chez les paysans, en raison des insectes nuisibles qui submergent les champs de coton (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Il s’avère que le coton est une plante qui soit très sensible à l’attaque des divers insectes (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Ce faisant, la culture de coton a mené à des utilisations massives de pesticide, provoquant des répercussions environnementales, sanitaires et économiques (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Pour contrer ces problématiques, Monsanto a développé le coton BT, soit un organisme génétiquement modifié. Cette variante faisait en sorte que la plante était désormais immunisée face aux lépidoptères, qui se trouvent à être les principaux ravageurs du coton (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Ainsi, l’utilisation de pesticides était considérablement réduite. En fait, Monsanto émet que l’utilisation du coton BT permet d’éviter en moyenne trois applications d’insecticides, ce qui réduit les frais de production et permet une amélioration du rendement de 30% (Samm, Petriccione, November, 2004). De plus, l’augmentation de rendement que promettait le coton BT de Monsanto semblait être une bonne alternative pour contrer les ravages de la crise alimentaire. Il faut noter que les OGM permettaient «un modèle de monoculture commerciale tourné vers les marchés internationaux» (Canet, 2011), ce qui favorisait les entrées de devise ainsi que l’augmentation de la valeur de la monnaie indienne (Canet, 2011). En effet, les exportations, qui se faisaient de plus en  plus faramineuses en raison du rendement que procure les biotechnologies,  contribuaient à la croissance économique du pays. Ainsi, on considérait que les entrées de devise profiteraient à l’économie de l’Inde, tout comme à celle des autres pays en voie de développement, et, de ce fait, réduirait la pauvreté ainsi que le problème de sous-alimentation.

Les avantages du coton BT

Du point de vue économique, les bénéfices sont incontestables. Les semences OGM furent homologuées par le gouvernement indien en 2002. De 2002 à 2008, il y eut une hausse de rendement si faramineuse que l’adoption des semences est passée de 1,3% en 2003 à 81,1% en 2008 (Petit, 2011). De plus, il s’avère que « la production nationale indienne a doublé en six années, et le pays est devenu le deuxième exportateur mondial de coton, devant les États-Unis» (Petit, 2011, p.1). Considérant seulement cet aspect économique, l’on pouvait presque croire que le coton BT était une solution viable à la crise alimentaire mondiale puisqu’il assurait à plusieurs agriculteurs des revenus considérables, qui leur permettraient de se nourrir malgré la hausse du prix des aliments.

Les désavantages du coton BT

L’un des problèmes du coton BT c’est qu’il est moins efficace que l’on pourrait le penser. En fait, les lépidoptères, insectes contre lesquels le coton BT est sensé être immunisé, développent une résistance à la protéine produite par le gène contenu dans le coton BT supposé éloigner ces insectes. Ainsi, le coton BT n’est plus aussi efficace lorsque les insectes s’adaptent (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). En ce sens, les producteurs de coton BT doivent appliquer de l’insecticide en plus (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006).

Le prix des OGM est aussi à considérer. Ils sont développés par une firme qui a le quasi monopole sur cette technologie, et qui a émis des brevets sur son produit. De ce fait, Monsanto, ou Mahyco, qui est une entreprise affiliée à Monsanto qui opère en Inde, peut fixer le prix des semences comme bon leur semble (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Le risque d’endettement des cultivateurs est énorme lorsque l’on considère le prix des semences, et le risque qu’il y ait des conditions climatiques défavorables à production de coton. Ici, on peut noter que le taux de suicide a grandement augmenté en Inde à cause de l’endettement insupportable que les cultivateurs subissent (Robin, 2008). Toutefois, en ce qui à trait au taux de suicide croissant, il fut tenir compte du fait que l’endettement n’est qu’une des multiples variables qui suscite un suicide (Petit, 2011). Ainsi, il n’y a pas une relation causale entre le coton BT et le taux de suicide croissant en Inde.

Les répercussions sur l’environnement ne doivent pas être négligées. L’utilisation du coton BT et d’insecticides fait en sorte que les lépidoptères sont de plus en plus résistants, mais tue les insectes bénéfiques et les microorganismes du sol dépouillant ainsi le sol de sa fertilité(Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). L’utilisation d’autant de pesticides contribue également à la pollution des eaux (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Par ailleurs, les pesticides utilisés contiennent parfois des substances prohibées par l’OMC, c’est-à-dire l’Organisation mondiale du commerce. À titre d’exemple, certains d’entre eux peuvent être cancérigènes, induire des problèmes de baisse de fertilité ou encore des désordres du système nerveux (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). Dans cette optique, les cultivateurs s’exposent à des produits hautement toxiques, puisqu’ils ne respectent pas les précautions sanitaires par manque de moyens financiers ou d’information (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006). De plus, le coton, qui est cultivé au soleil, implique un processus de déforestation (Guilmo, Navarro, Ribet, Stanicka, Vaugeois, 2006).

L’opinion des cultivateurs en Inde

En Inde, on peut constater que les OGM étaient voulus et adoptés par la population, notamment au moment de sa commercialisation en 2002 (Petit, 2011). Or, plus récemment, on constate une opinion publique de plus en plus négative entourant cette biotechnologie. En fait, les nombreuses controverses émises par ces biotechnologies n’ont qu’ajouté au mécontentement de la population indienne (Petit, 2011). En ce sens, il y eut des actions sociales qui furent entreprises par la population.

Selon une étude menée par Andhra Pradesh, l’augmentation du rendement via l’utilisation des OGM n’est pas un scénario que les cultivateurs souhaitent. Lors de la réalisation de son étude, elle a proposé trois scénarios aux agriculteurs. Le premier impliquait l’utilisation d’OGM, le deuxième proposait une agriculture biologique où les biens récoltés seraient exportés vers les pays industrialisés, et le troisième proposait l’autosuffisance agraire. Le troisième scénario fut le plus souhaitable chez les cultivateurs indiens.

Recommandations

D’abord, Les répercussions environnementales qu’ont le coton BT et le coton conventionnel, notamment par le biais de la quantité de pesticides utilisés pour leur culture, il serait intéressant d’aborder l’agriculture biologique. Celle-ci propose des solutions saines aux problèmes rencontrés par la culture du coton. Par exemple, elle contrôle le nombre d’insectes nuisibles à la plante via l’implantation d’espèces prédatrices à ces insectes.

Ensuite, les fabricants de semences sont des entreprises privées. Celles-ci jouissent d’un monopole, elles peuvent fixer le prix qu’elles veulent sur leurs produits (Petit, 2011). Ainsi, il serait recommandable de voir les gouvernements des États concernés fixer un prix auquel les entreprises peuvent vendre leurs semences sur leur territoire (Petit, 2011) dans le but de réduire les risques d’endettement chez les agriculteurs.

Puis, il s’avère que la crise alimentaire n’est pas une crise qui s’explique simplement par le biais du manque de ressource pour une population grandissante. En fait, la prédominance de la faim dans le monde est principalement associée à la pauvreté (Saam, Petriccione, Novemer, 2004). S’il y a autant de personnes sous-alimentées, c’est à cause des problèmes d’accès et de distribution de la nourriture. On peut aussi inclure des facteurs tels que les guerres civiles, la mauvaise répartition des terres, l’absence d’infrastructures, la politique de prix agricoles, etc. (Saam, Petriccione, Novemer, 2004). En ce sens, il faudrait que l’on se concentre à faire en sorte que tous et chacun ait accès à de la nourriture, plutôt que de se concentrer à en produire plus.

Pour en savoir plus sur la situation en Inde :

Les problèmes que les agriculteurs indiens rencontrent via la culture du coton BT ne sont pas exclusifs à ceux-ci. En fait, le coton BT prend de l’ampleur et préoccupe d’autres acteurs. Par exemple, voici un court vidéo présentant la situation du coton BT versus le coton conventionnel au Burkina Faso, où la situation est semblable à celle de l’Inde:

 

Sophie Gauthier

Étude de cas sur Monsanto; Une multinationale dangereuse

 Qui est Monsanto?

Monsanto est une compagnie transnationale, surtout présente dans le domaine de l’agriculture. Elle dit prôner le développement durable. À ce sujet, l’un des divers aspects qui caractérise leur mission est «produire plus avec moins de ressources, telles que la terre et l’eau» (Monsanto, 2015). Or, quelle est leur véritable mission? Monsanto, étant une compagnie agraire qui vend des  produits génétiquement modifiés, prétend vouloir fournir aux agriculteurs les ressources nécessaires à la prolifération de leurs activités agricoles. En fait, selon les indications de leur site Internet officiel, Monsanto est conscient que les agriculteurs devront produire de plus en plus de nourriture d’ici les prochaines années. Cette multinationale désir donc aider les agriculteurs à nourrir de manière efficace la population de la planète. Pourtant, cela n’a pas toujours été leur mission, et Monsanto s’est forgé toute une réputation au fil des années.

 L’historique derrière Monsanto

Depuis sa fondation en 1901 à Saint-Louis aux États-Unis, la compagnie américaine Monsanto a suscité plusieurs controverses. En fait, à l’origine, elle était une compagnie qui développait des agents chimiques. La compagnie « a bénéficié d’une croissance constante, en raison notamment de la forte demande de produits chimiques industriels lors de la seconde guerre mondiale» (Champion et Gendron, 2004). Ce faisant, la compagnie a rapidement prit de l’ampleur. À cette époque, Monsanto se spécialisait dans la production d’une large gamme de plastiques et de produits synthétiques destinés à des usages domestiques et dans la production d’agents hautement toxiques, comme le PCB et le polystyrène. À titre indicatif, le polystyrène se retrouve au cinquième rang des produits des plus dangereux en 1980 selon l’EPA, soit l’Environment Protection Agency.  Ainsi, les controverses entourant la compagnie remontent à il y a fort longtemps, car il est clair que ces produits ne pouvaient qu’être toxiques pour l’environnement.

En ce qui concerne les PCB, une énorme controverse est survenue en ce qui a trait à leur production lorsqu’une explosion, qui fit 500 morts, est survenue en 1947 au cœur des usines de Monsanto au Texas (Seelow, 2013). Suite à ce terrible incident, en 1949, est survenu une autre explosion mais cette fois ci en Virginie. Celle-ci fit en sorte que près de 200 employés développèrent des graves problèmes de peau. Ceux-ci seraient en fait dus au fait que l’herbicide 2,4,5-T que l’usine de Virginie produisait contenait en fait de la dioxine, substance semblable aux PCB. L’information selon laquelle l’herbicide en question était hautement toxique était connue de Monsanto depuis 1938. L’herbicide ne fut interdit qu’en 1970 (Seelow, 2013). Entre 1961 et 1971, Monsanto produisit le fameux Agent Orange, qui sera utilisé à des fins militaires par les États-Unis durant la guerre de Vietnam. Ce défoliant est en fait constitué de 2,4,5-T, ce qui engendrera des nombreux problèmes de santé chez les soldats vietnamiens.

Malgré l’atrocité de ces deux événements explosifs, Monsanto ne s’arrêta pas là. Toujours en Virginie, à Anniston, 3600 habitants de la région poursuivent Monsanto pour contamination au PCB en 2001. En fait, il s’avère que Monsanto aurait déversé des tonnes de déchets toxiques dans un ruisseau selon l’EPA. Cette contamination aura pour effet d’altérer le cours de la vie de plusieurs personnes, et c’est ce qui motive leur poursuite judiciaire contre Monsanto. En effet, les PCB causent notamment le cancer. Plusieurs sont morts à cause de la quantité astronomique de PCB que contenait leur sang. Ici, Monsanto a agi de manière similaire à ce qu’il a fait pour gérer la polémique qui entourait l’herbicide 2,4,5-T: il a caché de l’information précieuse. En 1966, Monsanto a découvert que les poissons qu’ils introduisaient dans le ruisseau où la compagnie faisait ses déversements mourraient à l’intérieur de 10 secondes. En 1976, certains tests effectués sur des rats révèlent que leur contact avec les PCB leur causent des tumeurs.  Finalement, en 2002, Monsanto est reconnu coupable d’avoir pollué la région d’Anniston en Virginie (Seelow, 2013).

Plus récemment, on se questionne sur l’herbicide Roundup et le Soya Roundup Ready. L’herbicide Roundup fit son apparition sur le marché en 1975. Rapidement, on se rend compte de sa toxicité. En fait, ce produit prétendait être biodégradable. Or, Monsanto fut poursuivi à deux reprises pour fausse publicité (Robin, 2008). Selon le documentaire de Marie-Monique Robin intitulé Le monde selon Monsanto, la compagnie aurait caché la toxicité de l’herbicide Roundup pour favoriser l’implantation des OGM sur le marché. Il est évident que l’association entre l’herbicide Roundup et le soya du même nom ne doit pas, dans l’intérêt de Monsanto, être entachée d’une mauvaise réputation. Donc, selon Ken Cook, président du groupe de travail pour l’environnement, «On ne peut jamais faire confiance à Monsanto pour nous informer sur un produit». Le Soya Roundup Ready est au centre d’une polémique actuellement. D’un côté, certains agriculteurs se réjouissent d’avoir accès à un tel produit, car ils économisent du temps et de l’argent (Robin, 2008), une ressource précieuse. D’un autre côté, certains agriculteurs s’opposent à ce type de soya. Ceux-ci préconisent des principes comme l’indépendance agraire et l’agriculture sans biotechnologies. En fait, le cœur du problème entourant le soya Roundup Ready c’est que Monsanto a breveté son produit. Ce faisant, cela fait en sorte que seuls les agriculteurs qui ont signé un contrat avec la compagnie peuvent utiliser ce type de soya. De plus, il est interdit à un agriculteur de replanter les semences de l’année précédente. Ainsi, Monsanto s’assure un revenu constant, via l’achat annuel obligé des semences, et la dépendance des agriculteurs à leur égard (Robin, 2008).  Il est facile de s’imaginer à quel point cela a un impact majeur sur l’agriculture mondiale. On constate que Monsanto, par le biais de ces brevets, s’accapare le quasi-monopole de l’une des ressources essentielles à l’homme : la nourriture. Plusieurs controverses découlent de cette politique de brevetage. À titre d’exemple, les nombreuses poursuites judiciaires que Monsanto a mené auprès d’agriculteurs paysans qui ont vu leur champs se faire contaminer par les OGM, et qui ont été accusé d’avoir violé le brevet émis par Monsanto. En l’occurrence, nous aborderons ce sujet plus en profondeur dans la section concernant les victimes de Monsanto.

 Le pouvoir que détient Monsanto

Monsanto est une compagnie transnationale qui détient plus de pouvoir que l’on pourrait penser. À prime abord, il convient de supposer que comme toutes multinationales, Monsanto détient un certain pouvoir d’influence sur la scène internationale par le biais de son gigantesque capital et de sa présence sur plus d’un continent. Or, il s’avère que Monsanto, qui fournissait en 2005, à l’échelle mondiale, 90% des biotechnologies requises pour les semences, qui contrôlait près de 27% du marché des semences commerciales et 90% du marché des semences de soja (Zacune, 2012) ne doit pas être confondu pour une multinationale comme les autres. Ce quasi monopole du secteur des biotechnologies et des semences peut s’expliquer, entre autre, par le biais de la théorie de l’écart technologique proposé par Posner (Généreux, 2002). Selon lui, les innovations qu’un pays fait naître lui procure un avantage comparatif dans la production des biens qui découlent de ces innovations. Un avantage comparatif, c’est-à-dire le phénomène selon lequel un pays produit un bien de manière plus efficace qu’un autre pays le ferait pour le même bien, peut s’expliquer par la théorie de Posner. En fait, les nouvelles technologies rendent possible les économies dites d’échelles, soit la production d’une grande quantité d’un bien  à un coût par unité de production moindre. Ainsi, les innovations technologiques permettent à un pays l’obtention d’un monopole sur la production d’un bien, car l’atteinte d’une économie d’échelle, qui est favorisé par ces technologies, dissuade la concurrence qui sont contraints de produire à une échelle réduite et à un coût plus élevé (Généreux, 2002). Donc, le monopole de Monsanto est certainement, dû moins partiellement, dû à «l’innovation» qu’il a produit, c’est-à-dire les biotechnologies.

Dans les récentes années, comme le démontre clairement le court portrait de Monsanto énoncé plus haut, la compagnie a fait face à de nombreux scandales et elle est loin de faire l’unanimité au sein de la société. Pourtant, la compagnie semble vouloir polir son image, comme le témoigne l’incessant marketing mis en place par la multinationale. La compagnie dit s’être convertie au développement durable (Champion et Gendron, 2004). Monsanto tient même un discours à caractère humanitaire en plaidant qu’elle désir, par le biais de la biotechnologie,  faire «reculer les limites des écosystèmes pour le bien de l’humanité» (Champion et Gendron, 2004, p.121). En effet, la compagnie désir produire plus avec moins pour pouvoir combler les besoins nutritifs de plus de personnes. En d’autres mots, Monsanto veut mettre fin à la faim dans le monde, en augmentant son efficacité et son rendement. Noble cause, nous en conviendrons, mais dans quel but? De plus, la compagnie témoigne de son bon vouloir écologique en recourant à des stratégies comme la consultation d’environnementalistes de renom comme Armory Lovins et Herman Daly, en devenant un membre actif de l’association Business For Social Responsibility et en publiant son rapport annuel environnemental dans la magasine Fortune.

Selon Emmanuelle Champion et Corinne Gendron, il s’agit du «paradoxe Monsanto». Une firme au passé si lourd qui se convertie au développement durable, comment l’expliquer? Elles proposent une théorie d’ordre politique: la conquête du pouvoir. En fait, elles énoncent, comme la professeur Anne Deret le fait dans son cours d’actualités politiques internationale qu’elle donne au Cégep Gérald-Godin, que les États sont en compétitions entre eux pour offrir la meilleure rentabilité possible aux compagnies transnationales dans le but qu’elles s’installent sur leur territoire respectif et qu’elles contribuent à l’augmentation de leur PIB. À titre d’exemple, il est profitable pour les États-Unis que le siège social de Monsanto soit sur leur territoire, car cela procure un plus grand poids économique aux États-Unis. Dans cette optique, nous pouvons mieux comprendre les motifs qui pourraient pousser un gouvernement à émettre des normes qui soient moins contraignantes, notamment sur le plan environnemental. Lorsqu’un accord est entendu entre une compagnie privée et l’État, il y a habituellement dans ce contrat certains éléments que l’État se doit de respecter et qui avantage les entreprises. En ce sens, l’égalité du traitement réservé aux sociétés étrangères et aux sociétés nationales, la sécurité de l’investissement (les pouvoirs publics ne peuvent pas changer les conditions d’exploitation, exproprier sans compensation, etc) et la liberté pour l’entreprise de transférer son capital d’une frontière à une autre ne peut lui être empêché sont trois exemples de clauses qui doivent absolument être respectées par l’État dans les circonstances où il signe un tel contrat (Bréville et Bulard, 2014). Ainsi, nous pouvons mieux comprendre l’ampleur de la polémique entourant le désastre qui s’est produit à Anniston. Nous pouvons poser l’hypothèse que l’État ne pouvait pas imposer à Monsanto de nettoyer la rivière qu’il avait polluée, car cela porterait atteinte aux profits qu’il pourrait faire et donc au principe de sécurité de l’investissement. Ce faisant, Monsanto pourrait poursuivre l’État. La poursuite menée par la communauté d’Anniston devait donc être faite par un acteur autre que l’État. Ces ententes remettent en question la souveraineté même des États, car reconnaître qu’une entité autre peut contraindre l’État souverain à faire quoi que ce soit qu’il ne désir pas particulièrement faire revient à reconnaître qu’il y a un pouvoir supérieur à celui de l’État, détenteur d’une force, ou influence dans ce cas ci, coercitive.

L’influence que Monsanto a auprès du gouvernement est clairement perceptible dans le témoignage qu’a fait Dan Clickman dans le documentaire Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin. Il énonce qu’en tant que Ministre de l’agriculture (1995 à 2000), il n’avait pas le pouvoir nécessaire pour réguler correctement les OGM. Il soutient que malgré ses efforts, le gouvernement l’empêchait d’exercer son jugement en ce qui concerne les résultats des tests qu’avaient subi les OGM, car les investissements de Monsanto étaient trop grands. Ce faisant, il lui était clairement indiqué de «ne pas être trop  sévère» sur ces fameux résultats. Selon le principe de la sécurité de l’investissement, l’État est contraint de faciliter la production des entreprises privées avec lesquelles il fait affaire, mais dans ce cas ci, on constate que l’influence de Monsanto dépasse largement les frontières établit par un contrat. De plus, Monsanto bénéficie du support de la FDA, soit la Food and Drug Administration. La FDA, qui est sensée être objective, démontre indubitablement son penchant pour Monsanto par le biais de plusieurs petits incidents. Entres autres, selon Marie-Monique Robin, il y aurait un conflit d’intérêt majeur entre Monsanto et la FDA, en raison du phénomène de la «chaise musicale». On constate qu’un bon nombre d’employés de Monsanto travaillaient autrefois pour la FDA, et que l’inverse est vrai. Ainsi, il est difficile d’écarter la possibilité qu’il y ait présence d’une certaine forme de corruption. Un exemple flagrant de ce phénomène s’applique à Micheal Taylor. Il était autrefois avocat au sein d’une firme qui comptait parmi ses clients l’entreprise Monsanto. Suite à cet emploi, il obtint un poste chez Monsanto et c’est lui qui fut responsable d’émettre la règlementation sur les OGM lorsque ceux-ci entrèrent sur le marché. Voilà une coïncidence qu’il ne faut pas négliger.

Le pouvoir de Monsanto provient aussi de la légitimité qu’elle a. Comme toute multinationale privée, elle a plus d’indépendance que n’importe lequel des États de la planète. Ce phénomène s’explique facilement lorsque nous considérons que les États sont, pour la plupart, redevable à leurs citoyens, à leurs électeurs. En contre partie, les compagnies privées ne sont redevables qu’à leurs membres, leur procurant ainsi une plus grande marge de manœuvre. Elles peuvent agir rapidement sur des questions urgentes. Par contre, si une compagnie désirerait augmenter sa suprématie, ne lui suffirait-elle pas d’être légitime auprès d’un plus grand nombre de personnes? Pour se faire, il est possible que de tels desseins pousse une compagnie à agir rapidement sur des questions urgentes non pas dans l’intérêt de faire du profit immédiat, mais dans l’intérêt de voir sa légitimité augmenter. Ainsi, le «paradoxe Monsanto» prend son sens. Emmanuelle Champion et Corinne Gendron suggère que Monsanto se présente comme étant une compagnie qui prône le développement durable afin d’accroître sa légitimité auprès des citoyens, qui seront forcément plus ouverts face à leurs propositions, en l’occurrence les OGM (Champion et Gendron, 2004). En somme, elles posent «l’hypothèse que l’entreprise Monsanto, sérieusement mise à mal par ses activités polluantes et son implication dans l’industrie de guerre et à présent forte dans une hégémonie économique et politique sans précédent, adopte un discours éthique pour assurer sa légitimité dans son nouveau rôle institutionnel» (Champion et Gendron, 2004, p.121).

Il s’avère que Monsanto instrumentalise la problématique environnementale pour servir ses intérêts personnels, soit le profit. Monsanto le fait par le biais de la biotechnologie, présentant celles-ci comme une solution viable aux problèmes auxquelles la planète fait face et en nous incitant à négliger le fait que les OGM sont tout aussi néfastes pour l’environnement . Ainsi, la compagnie dirige la société vers une vision claire à adopter: oui aux OGM. Vous laisserez-vous duper par le discours sociopolitique influant de Monsanto?

Par ailleurs, le pouvoir de Monsanto ne s’arrête pas là. Son influence et son capital lui procure incontestablement un énorme pouvoir, mais plus encore, il a le quasi monopole  d’une richesse essentielle à l’homme. À l’évidence, sans nourriture nous ne pouvons survivre. Monsanto redéfini la notion de monopole via la domination qu’il exerce sur l’Homme en tant qu’espèce. Sans nourriture, nous sommes condamnés. La domination de l’entreprise Monsanto est perceptible non seulement par la part du marché qui lui appartient et qu’elle contrôle, mais aussi par le biais de sa politique de brevets. Brevets, qui d’ailleurs, sont impartiaux aux risques de contaminations qui peuvent survenir. D’un point de vu philosophique ou éthique, l’on peut croire que cette problématique découle en fait de la reconnaissance du droit de propriété. Sans celle-ci, il serait impossible pour Monsanto de prétendre posséder une richesse. Toutefois, il convient d’émettre qu’il serait aussi impossible à tous et à chacun de prétendre posséder une maison, une voiture ou encore un animal de compagnie. Ainsi, nous pouvons sérieusement nous questionner sur les valeurs actuelles de notre société, qui encourage sans cesse l’enrichissement via le droit de propriété et qui occasionne des disparités incalculables. Un monde sans droit de propriété équivaudrait sans doute à un monde plus juste.

Autrement, il convient de se demander si le modèle de développement adopté par la majorité des sociétés actuelles est bel et bien aussi avantageux que prétendu. Effectivement, de nos jours, c’est le capitalisme qui prévaut. Ainsi, l’ouverture des marchés au commerce est fortement encouragée, voir même assuré par l’entremise de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Cette ouverture mène nécessairement à la mondialisation, car les échanges augmentent l’interdépendance des pays. Celle-ci s’explique par le biais du nombre grandissant de partenaires commerciaux dont les pays se dotent. Pourtant, la mondialisation ainsi que le capitalisme «marchandisent l’ensemble des aspects de la vie humaine et portent atteinte aux biens communs de l’humanité» (Ramonet, 2003, p.53), dont le droit ou l’accès à l’alimentation. En ce sens, on comprend que Monsanto, une entreprise privée qui bénéficie d’avantages économiques importants à cause de la mondialisation et de la philosophie capitaliste, se permet de «marchandiser » une ressources qui nous appartient à tous: la nourriture. À titre d’exemple, l’Autrichien Peter Brabeck-Letmathe, qui est le P.D.G. de Nestlé, soutient que les aliments devraient avoir une valeur marchande (Wagenhofer et Annas, 2007). De ce fait, cette mentalité n’est pas propre à Monsanto, mais plutôt propre aux puissantes multinationales qui n’ont pas de conscience morale en raison de leur rôle dans la propagation de la crise alimentaire mondiale. Dans cette optique, l’altermondialisation suggère qu’une alternative au modèle de développement est possible et même souhaitable, car les inégalités doivent cesser d’augmenter (Ramonet, 2003).

En somme, Monsanto joue un rôle crucial tant au niveau économique, politique qu’éthique. Sa domination s’étend sur plusieurs frontières, et s’accentue au fil des ans. Sa croissance dans le domaine agroalimentaire est certainement plus perceptible en ce qui concerne la culture du soya et du canola à cause des controverses médiatisés entourant ces deux produits génétiquement modifiés. Pourtant, il convient d’aborder d’autres sujets plus méconnus, et qui, certainement, prendront de l’ampleur médiatique prochainement. Par exemple, le cas du coton-BT  en Inde. Controversé, celui-ci cause des dommages irréversibles. Les paysans indiens, déjà démunis, s’endettent constamment en achetant des semences brevetés, le taux de suicide augmente et les manifestations se font grandissantes et fréquentes (Robin, 2008). La situation en Inde mérite d’être suivie attentivement, et la rédaction du blog rédigé dans le cadre du cours DIA nous offrira la plate-forme idéale pour approfondir ce sujet. Autrement, Monsanto est aussi impliqué dans le domaine du bétail. L’hormone transgénique rBGH contenu dans le Posilac que les fermiers injectent à leurs vaches pose problème. L’hormone bovine, qui augmente de 20% la production de lait des vaches, et qui, de ce fait, avantage les fermiers, est néfaste pour les vaches elles-mêmes. Selon une étude menée par Richard Bourroughs, qui occupe un poste au sein de la FDA (Food and Drug Administration), conclue que l’hormone était la cause des infections de pies et des problèmes de reproductions qu’on constatait chez les vaches ayant reçu cette hormone. Ce pauvre homme fut marginalisé par la FDA et peu de temps après la publication de son étude, il fut congédier. Suite à son congédiement, il fut menacé par les avocats de Monsanto, qui réclamaient que l’hormone ne causait pas de tort au lait produits par les vaches (Robin, 2008). Ainsi, Monsanto banalise les dégâts causés par le Posilac chez les vaches, en insistant sur le fait que le produit même n’est pas néfaste pour la santé des hommes. D’un point de vue éthique, nous pouvons nous demander quel prix Monsanto est-il prêt à payer pour voir ses profits augmenter. Le respect de la vie animale, et le traitement réservé à ces bêtes ne semble pas les préoccuper tant et aussi longtemps que leur produit est viable. Voilà une autre polémique qui pourrait éventuellement faire partie de notre blog.

Il serait intéressant de mettre en place des normes restrictives qui limiteraient le pouvoir de Monsanto, puisqu’il détient un quasi-monopole sur les semences. Ce faisant, les gouvernements pourraient bénéficier d’un levier politique assez substantiel pour forcer les multinationales comme Monsanto à délaisser leur monopole au profit des personnes sous alimentés de la planète.

Finalement,  comme l’énonce les cas du coton-BT, du Posilac et du soya Roudup Ready, Monsanto fait des ravages sur son passages. Ces ravages, inévitablement, engendrent des victimes. Ainsi, il est pertinent de faire part des répercussions qu’ont eu les décisions prises par Monsanto sur certains individus ou groupes et d’élaborer sur les actions sociales prises contre la multinationale.

Voici un court vidéo sur Monsanto:

 

Sophie Gauthier