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Entrevues avec les Atikamekws de Manawan: les points à retenir

D’abord, Annick Flammand qui est agente de liaison d’emplois et conseillère au Conseil de bande a souligné le fait que les jeunes ne voient pas de possibilités d’emplois dans la communauté. Malgré leurs efforts à développer l’entreprenariat, cela reste difficile puisqu’ils doivent toujours demander la permission car ils ne possèdent rien en ce qui concerne la réserve. Mme Flammand ajoutait que « si on veut sortir la nation de la pauvreté, il faut être autonomes ». Or, les gouvernements maintiennent la communauté dans un état de dépendance. Ensuite, Kevin Dubé et Thérèse Niquay affirmaient, concernant le territoire ainsi que la gestion et l’exploitation de ce dernier, qu’il manquait les outils nécessaires et que la traduction des préoccupations (connaissance de la langue Atikamekw, des territoires familiaux et importance des chefs de territoires dans la gestion territoriale) était inadéquate. Aussi, ils considèrent la cogestion comme une des meilleures solutions s’offrant à eux, en plus d’essayer de se créer des alliés en ce qui a trait à la protection de leurs milieux de vie. Parallèlement à cela, ils tentent de préserver le caractère sacré de leur territoire et que le manque de respect à ce dernier est pour eux une atteinte à leur dignité.

Portrait des relations entre allochtones et autochtones du point de vue géographique, économique et territorial

La conception territoriale

Que ce soit historiquement ou culturellement, le milieu forestier est un élément dans lequel l’identité autochtone est profondément ancrée (Québec, 2015). C’est donc en tenant compte de cette vision de leur environnement que nous devrions essayer de comprendre les différentes situations que vivent les diverses communautés autochtones du Québec. Dans cette optique, il faudrait que « toute les politiques concernant l’exploitation des ressources naturelles prennent en compte les revendications territoriales des peuples autochtones ainsi que leurs droits à l’autodétermination et à l’autonomie politique » (Dufour, 2011). Ces revendications concernent justement la possibilité de disposer d’un milieu de vie permettant le développement de leurs activités traditionnelles, en plus d’engendrer une certaine richesse économique qui leur permettrait de répondre à leur besoins fondamentaux ainsi que de prospérer de façon plus autonome (Dufour, 2011). Ainsi, comme l’explique Jules Dufour dans son texte Les Autochtones et la reconnaissance de leurs droits et de leurs valeurs culturelles (Dufour, 2011), actuellement, les peuples comme les Inuits occupant un territoire sur lequel ils sont majoritaires peuvent s’organiser socialement et ce, tout en faisant respecter leurs droits et leurs valeurs culturelles. Par contre, tel que souligné par M. Dufour, les communautés vivant sur des territoires utilisés à des « fins forestières, minières, énergétiques ou touristiques qui exercent une forte incidence sur les écosystèmes terrestres ou aquatiques » rencontrent beaucoup de difficultés en ce qui à trait la reconnaissance de leurs droits ancestraux sur ces territoires et perdent souvent « leurs droits de les utiliser à des fins de subsistance ou de développement économique » (Dufour, 2011). En ce qui concerne les peuples autochtones occupant des territoires situés davantage dans le sud du Québec, M. Dufour ajoute qu’ils sont « fortement intégrés à l’oekoumène » et sont encore confinés dans des réserves où ils voient leur espace vital se rétrécir (Dufour, 2011).

Enfin, concernant la question territoriale chez les autochtones, l’enjeux principal est axé sur l’exploitation des ressources naturelles qui ont permis à leurs ancêtres de survivre et de se développer durant des lunes et ce, tout en construisant et en conservant une culture unique qui leur est propre et malheureusement menacée d’extinction dans plusieurs cas. Comme il est mentionné dans le texte de Jules Dufour : « ce qu’on cherche fondamentalement, c’est de faire en sorte que les Autochtones puissent avoir accès aux ressources du territoire de manière à répondre adéquatement aux besoins de leurs communautés, sans porter préjudice aux autres utilisateurs » (Dufour, 2011).

Les relations entre les autochtones et les allochtones

Au fil du temps et du développement économique et territorial du Québec, les autochtones ont assistés au rétrécissement de le leur territoire ancestral. Ce territoire étant bien davantage qu’un simple milieu de vie, ils voyaient leurs territoires de chasse, de pêche subvenant à leurs besoins fondamentaux lentement leur filer entre les doigts. En effet, comme le mentionne Jules Dufour dans Les Autochtones et la reconnaissance de leurs droits et de leurs valeurs culturelles (Dufour, 2011), ces derniers ont été « contraints d’abandonner ou de partager avec difficulté leur espace vital au profit de grandes opérations de mise en valeur des ressources naturelles ». De ce fait, il est donc très difficile pour les autochtones de vivre selon leur mode de vie traditionnel, entre autres parce qu’il n’est pas « apte à assurer leur indépendance financière » (Québec, 2015). De plus, ils deviennent souvent spectateurs et même, victimes du développement économique québécois sans toutefois pouvoir en faire partie ou en retirer quelconques bénéfices.

 D’autre part, malgré une cohabitation de longue date relativement tumultueuse, « il est tout autant désolant de constater qu’après tant d’années de contact, autochtones et non-autochtones n’ont guère développé de vues communes, rapprochées, voire dialogiques » (Salée, 2003). Effectivement, comme le rappelle Dufour, les autochtones « ont vécu jusqu’à très récemment dans un contexte de marginalisation systématique, voir d’exclusion » (Dufour, 2011). Malgré l’appart significatif des autochtones dans le développement économique de la Nouvelle-France et éventuellement du Québec, les relations entre les autochtones et les allochtones sont longtemps demeurées difficiles. C’est entre autres grâce à leurs revendications territoriales ainsi qu’à leur désir légitime de reconnaissance de leurs droits ancestraux que lentement les perceptions à leur égard ont progressivement changées (Dufour, 2011). Évidemment, puisqu’une grande partie du territoire autochtone se situe en terres publiques, donc gérées par le gouvernement provincial, la dynamique entre allochtones et autochtones peut s’avérée conflictuelle car il y a « d’une part un groupe minoritaire revendicateur, et, de l’autre part un État qui contrôle en partie des ressources convoitées par le groupe minoritaire » (Salée, 2003) .

Depuis 1998, le gouvernement du Québec s’est engagé à promouvoir le mode de vie et l’identité culturelle des autochtones, en plus de leur permettre d’accéder à plus grande autonomie (Québec, 2015). Ce faisant, le ministère des forêts, de la faune et des parcs soutient qu’ainsi, cet engagement permet d’engendrer des possibilités de développement économique en plus de soutenir la construction de partenariat, dont dans le secteur de la foresterie. À propos de ces affirmations gouvernementales, Daniel Salée, politologue, professeur titulaire à l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia soulève une question intéressante : « Pourquoi, malgré la volonté d’inclusion et l’esprit d’ouverture de l’État québécois à l’égard de la question autochtone ce dernier semble-t-il rester incapable de convaincre de sa bonne foi et de régler à la satisfaction de tous sa rivalité apparente avec les peuples autochtones ? » (Salée, 2003). Il est vrai que l’historique des tensions entre les autochtones et les allochtones, de l’arrivée des premiers colons, à l’assimilation jusqu’à la crise d’Oka en passant par la lenteur gouvernementale –tant fédérale que provinciale- à reconnaître les autochtones comme premières-nations possédant des droits ancestraux, peut semblé beaucoup plus important que les efforts fournis par les gouvernements.

Par contre, malgré les apparences et les conceptions, tant du point de vue autochtone qu’allochtone, de plus en plus d’initiatives et de collaborations voient le jour dans différentes sphères de compétences, dont celle du développement économique liée à l’exploitation des ressources naturelles. En effet, selon le ministère des forêts, de la faune et des parcs, il y a eu plusieurs ententes sectorielles dans différents domaines dont la foresterie. Cette activité économique se déroulant dans l’environnement immédiat de nombreuses communautés autochtones du Québec a d’ailleurs permise à nombre d’autochtones de « s’impliquer dans la transformation du bois, de sorte que quatre communautés sont maintenant propriétaires ou copropriétaires d’usines de transformation » (Québec, 2015).

 

La gestion et l’exploitation des ressources naturelles

            En ce qui à trait au domaine de la foresterie au Québec, le type de gestion préconisé est celui de la gestion intégrée des ressources, c’est-à-dire qui tient compte de tout et qui intègre tout ce qui peut être lié à la forêt. Cette dernière est basée sur l’exploitation de la ressource ligneuse, c’est-à-dire du bois, respectueuse de la protection de l’environnement ainsi que de la diversité biologique (Québec, 2015).

D’une part, les autochtones peuvent occuper divers rôles dans l’industrie forestière québécoise. En effet, ils peuvent s’impliquer en tant que main d’œuvre, grâce à deux facteurs principaux. D’abord, l’industrie forestière fait face à une importante pénurie de main d’œuvre depuis plusieurs années et aura aussi besoin d’une relève qualifiée et expérimentée dans les années à venir. Ensuite, les autochtones ont besoins d’emplois. De plus, les jeunes sont « désireux de trouver des emplois dans des métiers liés à leur milieu naturel » (Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique du Québec, 2004, chap.8). Ces emplois peuvent être ceux de plantation ou de débroussaillage qui demandent peu d’équipement et peu de formation ainsi que ceux d’opérateurs de machinerie qui demandent une formation au niveau professionnel (DEP).

 D’une autre part, selon la commission des forêts (Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique du Québec, 2004, chap.8), les autochtones font des demandes spécialisées liées à leur statut juridique particulier. En effet, ils mentionnent entre autres les intensions de s’impliquer en tant que « cogestionnaires », « partenaires de plein droit », d’ « acteur de premier plan ». Aussi, ils ont émis le désir de participer à la gestion des forêts de façon « significative », « réelle » et « déterminante » (Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique du Québec, 2004, chap.8). Finalement, toujours selon la commission des forêts, les autochtones voudraient que leur participation aux activités forestières couvre toutes les étapes de la gestion des forêts, soit de la planification générale à la récolte annuelle de bois.

En général, il y a deux modèles de participation auxquels les autochtones peuvent s’adonnés dans le domaine de la foresterie. Le premier est un cadre de gestion découlant de la Paix des Braves. Celui-ci s’agit d’une formule de gestion et est plus approprié pour les communautés situées dans le Nord québécois où les utilisateurs des milieux forestiers sont moins nombreux, puisqu’il est inspiré de la Convention de la Baie James. Le second mise quant à lui sur le dialogue constant et est appelé « processus de participation réelle ». Il est basé d’une entente de principe conclue avec les Innus et tient compte du nombre d’intervenants (Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique du Québec, 2004, chap.8).

 Enfin, selon le ministère des forêts, de la faune et des parcs, les autochtones feraient partie des processus de planification des plans d’aménagements et seraient consultés, selon des modalités particulières, sur les enjeux importants de la foresterie au Québec, de même que sur la définition des orientations et des objectifs à poursuivre en matière de gestion et de mise en valeur du milieu forestier (Québec, 2015).

 

Exemple de partenariat Atikamekws-allochtones

            Les partenariats avec les autochtones pour les intégrer à l’industrie forestière sont possibles et réalisables. En effet, malgré les nombreux défis que de tels partenariats entraînent, il est possible de s’ajuster. Stephen Wyatt souligne bien ces défis que rencontrent les compagnies forestières et les communautés autochtones lorsqu’elles décident de s’allier dans son étude s’intitulant  Comunity-Company Partnership and Sustainable Forest Managing : Co-Existence of Atikamekw and Industrial Ways of Managing the Forest (Wyatt, 2003). Cette dernière porte justement sur l’élaboration d’un partenariat datant de 1997, entre les compagnies forestières Smurfit-Stone et Gérard Crête et fils ainsi que les Atikamekws de Wemotaci. Le but du partenariat était de développer une scierie dont les Atikamekws détiendraient 60% des parts des revenus (Wyatt, 2003). Il faut savoir que la grande majorité des forêts entourant Wemotaci sont des forêts publiques. Ce faisant, « la planification et l’aménagement de ces territoires sont sous la responsabilité de professionnels engagés par des compagnies forestières qui suivent les lignes directrices établies par le gouvernement provincial » (Wyatt, 2003). De plus, du point de vue des formations végétales et de la dynamique du paysage, le milieu forestier se situant sur le territoire autochtone est subdivisé en territoires familiaux dont la responsabilité et la charge de coordination sont endossées par une personne responsable par parcelle appelée ka mitatc (Wyatt, 2003). Les défis en questions entourant ce projet consistent entre autres à « comprendre les différences et trouver des moyens de coexister et de coopérer; l’importance de plusieurs facteurs culturels dans les relations économiques » (Wyatt, 2003). Ainsi, selon M. Wyatt, « chaque parti a sa propre vision et sa propre compréhension du territoire forestier et chacun développe son propre système pour leur permettre de gérer leur utilisation des ressources forestières » (Wyatt, 2003). Le chercheur explique donc que « la création de partenariats nécessite que chacun des membres réponde aux intérêts de l’autre, en plus des leurs » (Wyatt, 2003). Ce faisant, si les deux partis sont prêts à fonctionner de la façon expliquée ci-dessus, le développement de nouvelles structures et de nouvelles techniques de gestion est primordial. Autrement dit, un tel projet ne peut voir le jour sans l’innovation. Un exemple d’innovation, tel que proposé par M. Wyatt, serait la création et l’adoption d’horaires plus flexibles pour permettre aux Atikamekws de vaquer à leurs activités traditionnelles, comme la chasse et le pêche (Wyatt, 2003).

Ce partenariat a donc permis la collaboration entres les compagnies forestières et la communauté autochtone de Wemotaci, alors que les compagnies aidaient les Atikamekws à prendre part à l’industrie et à incorporer leurs propres connaissances en ce qui à trait à la gestion et à la planification territoriale (Wyatt, 2003). Finalement, Stephen Wyatt conclue son étude en affirmant que le projet de scierie Tackipotikan a permis la création d’environ une centaine d’emplois qui ont surtout bénéficié aux jeunes. De plus, le projet a permis à cette communauté Atikamekw de créer des opportunités pour d ‘éventuels développements économiques, en plus de permettre un meilleur contrôle sur l’exploitation des forêts bordant et constituant leur territoire, alors que ses partenaires d’affaire –Smurfit-Stone et Gérard Crête et fils- ont obtenu (à l’époque) une sécurité quant à l’approvisionnement en bois, tout en bonifiant leur image puisqu’ils intégraient des citoyens à leurs processus d’exploitation des ressources (Wyatt, 2003). Le projet découlant du partenariat a débuté en 1998 et a pris fin en septembre 2001. En effet, le financement du projet cessa dû à la difficile compétition séparant les Atikamekws des industriels qui ont pris le relais du projet (FORCHEMEX, 2001). Ce partenariat montre bien les difficultés auxquelles les autochtones font face : malgré leur désir de participer à la vie économique de leur région, la compétition de l’industrie et leur manque d’expérience les rattrapent sans généralement leur permettre d’acquérir le rythme espéré.

 

Étude de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois

La convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ) fût signée le 11 novembre 1975 par les gouvernements canadiens et québécois ainsi que les représentants des populations Cris et Inuits, seuls habitants permanant des 1 082 000 km2 constituants leur territoire (Gagnon et Rocher, 2002, p.17). Cette entente que constitue la CBJNQ est marquante car elle représente un modèle de collaboration entre allochtones et autochtones en plus d’avoir joué un rôle significatif dans la lutte de reconnaissance des droits ancestraux des Premières nations au Canada.

http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/evaluations/mil-nordique/#haut
http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/evaluations/mil-nordique/#haut

Puisque que cette portion du travail porte entre autres sur les relations économiques entres allochtones et autochtones, cette brève étude de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois portera davantage sur la partie de l’entente concernant la population amérindienne crie, puisque leur mode de vie traditionnel et leur territoire ancestral sont semblable à la réalité des Atikamekws qui, rappelons-le, sont le sujet principale de cette recherche. L’étude en surface de cette entente historique a pour but d’en soulever les éléments qui s’avèreraient intéressants pour permettre aux Atikamekws de bénéficier, eux-aussi de partenariats économiques.

            En premier lieu, pour mettre la CBJNQ en contexte, il est intéressant de savoir que la population crie compte environ 6 000 habitants répartis en huit communautés (Voir Annexe 5). Dans l’ouvrage Regard sur la Convention de la Baie-James et du Nord québécois publié en 2002 aux éditions Québec-Amérique (Gagnon et Rocher, 2002), Albert W. Diamond décrit brièvement la situation des Cris avant l’avènement de la CBJNQ. Dans ce portrait, M. Diamond souligne le fait que les Cris vivaient dans des maisons sous la responsabilité du Ministère des Affaires Indiennes et que celles-ci ne possédaient ni eau courante, ni électricité. De plus, plusieurs membres de la communauté habitaient de simples « tentes à armature » ou des abris. Ces autochtones vivaient selon leur mode de vie traditionnel, c’est-à-dire la chasse, la pêche et le trappage. Enfin M. Diamond rapporte que l’éducation qui était elle aussi sous la responsabilité du Ministère des Affaires Indiennes s’arrêtait généralement au niveau de la 8e année et les cours se donnaient majoritairement en anglais. (Gagnon et Rocher, 2002, p.59)

 En ce qui à trait à la Convention de la Baie-James et du Nord québécois en tant que telle, elle porte sur l’organisation, la réorganisation et le développement du Nord du Québec en y associant les populations Cries et Inuits comme bénéficiaires. La CBJNQ concerne les activités traditionnelles autochtones ainsi que les grands secteurs des activités gouvernementales provinciales du Québec (tels que l’éducation, la santé, la justice, le développement social et économique) (Gagnon et Rocher, 2002, p.42).

Selon Éric Goudreau qui a effectué une synthèse de la CBJNQ, cette dernière a permise de lever des obstacles quant au développement hydroélectrique initié par le gouvernement québécois. En effet, M. Goudreau affirme que « les Autochtones se voient en contrepartie reconnaître par la Convention une série de droits précis, sanctionnables devant les tribunaux, touchant le maintien et le développement de leur culture et de leurs communautés tout en leur réservant un rôle important dans les projets de mise en valeur des ressources du territoire » (Gagnon et Rocher, 2002, p.25). Éric Goudreau rappelle aussi que les principaux thèmes discutés lors de l’entente sont ceux des droits des Autochtones et de leur capacité à se gouverner, les bénéfices sous-jacents au développement économique par la poursuite de leurs activités traditionnelles ainsi que leur participation à la mise en valeur des ressources naturelles et de leur territoire (Gagnon et Rocher, 2002, p.25).

 En ce qui concerne la question territoriale à proprement parler, la CBJNQ a permise d’établir une division du territoire permettant de mieux gérer ce dernier. En effet, la répartition du territoire concerné par la Convention qui comporte pas moins de 70% de l’ensemble du territoire québécois fût construite sous forme de trois catégories. La première, celle des Terres de catégorie I comporte la portion du territoire attribuée Autochtones pour qu’ils en aient l’usage exclusif. La deuxième, celle englobant les Terres de catégorie II attribue aux Autochtones les droits exclusifs de chasse, de pêche et de trappage, mais ne leur octroi pas un droit spécial d’occupation. Ce faisant, le gouvernement québécois pourrait décider d’exploiter ces terres à des fins de « mise en valeur » mais il serait contraint d’indemniser les Autochtones touchés par ces éventuels développements. Finalement, la troisième catégorie, les Terres de catégorie III, est celle comportant la majeure partie du territoire concerné par la CBJNQ. Les Terres de catégorie III sont régies par les mêmes lois que les autres terres publiques du Québec, mais les Autochtones y possèdent des droits exclusifs pour le trappage (Gagnon et Rocher, 2002, pp.29-30).

https://www.aadnc-aandc.gc.ca/fra/1100100030830/1100100030835
https://www.aadnc-aandc.gc.ca/fra/1100100030830/1100100030835

Pour conclure cette sous-section concernant l’aspect territorial de la CBJNQ, il faut garder en tête que le développement de cette région dépend grandement de la volonté des Premières nations y habitant, mais aussi des grandes entreprises déjà présentes et des gouvernements qui « ont le pouvoir de mettre en place des moyens pour favoriser le développement de cette partie du Québec » (Gagnon et Rocher, 2002, p.86). Aussi, comme le précise Gérald Lemoyne dans Regard sur la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, les balises posées par la CBJNQ n’empêche pas le développement, mais au contraire, de s’assurer que le développement prend bien en compte le caractère particulier du territoire et du milieu social qui y est associé à mettre en valeur (Gagnon et Rocher, 2002, p.86).

 D’un point de vue plus économique et social, la signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois a permise, entre autres, de mettre sur pied la Société de Développement de la Baie-James (SODAB). À titre d’exemple, l’une des principales fonctions de cette société est « d’aider, d’encourager et de favoriser la création et le développement des affaires, des ressources, des biens et des industries à l’intérieur du territoire au bénéfice des Cris » (Gagnon et Rocher, 2002, pp. 35-36). De plus, la signature de la CBJNQ a permise le 15 novembre 1975 de statuer les indemnités financières de 225 millions de dollars. Cette somme fût versée à divers organismes à buts non-lucratifs autochtones. Les fonctions générales de ces organismes étaient de « recevoir, placer et administre le montant versé aux Autochtones à titre d’indemnité; de soulager la pauvreté et veiller au bienêtre et au perfectionnement de l’instruction des Autochtones; veiller au développement, aux améliorations civiques ou autres des communautés autochtones » (Gagnon et Rocher, 2002, pp. 35-36).

 En rétrospective, M. Albert Diamond (Gagnon et Rocher, 2002, pp.60-63) a aussi ressorti les principales conséquences de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. En effet, il souligne le fait de l’amélioration du développement communautaire dû entre autres par la Société de logement Crie. Aussi, l’entente de la CBJNQ a permis, selon les observations de M. Diamond, la création de nouvelles communautés occasionnées par des choix de nouveaux sites urbains, c’est-à-dire la mise en place des communautés de Chisasibi, Nemaska et Oujé-Bougoumou, en plus de permettre la construction d’habitations appropriées et d’établissements communautaire. M. Diamond a aussi remarqué qu’après la CBJNQ, l’accessibilité au territoire Cri s’était grandement améliorée, alors que la société crie Air Creebec qui relie les différentes communautés cries entre elles et effectue la liaison Val-D’Or-Montréal a vue le jour. De plus, M. Diamond a noté la construction de routes reliant le Sud québécois aux communautés de Wemindji, Eastmain et Waskaganish ainsi que Nemaska et Oujé-Bougoumou (Gagnon et Rocher, 2002, pp.60-63).

https://www.aadnc-aandc.gc.ca/fra/1100100030830/1100100030835
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En ce qui a trait au développement économique, M. Diamont note trois paliers : les entreprises privées et les partenariats; les entreprises des communautés; les entreprises à échelle régionale oeuvrant au nom des Premières nations. Quelques exemples de ces entreprises seraient les postes d’essences, les restaurants, les magasins, les hôtels et motels, les centres d’achats et les divers projets touristiques en cours ou en développement. En terminant, M. Diamond rappelle qu’il y a eu certains échecs, certes, mais qu’il y a aussi plusieurs initiatives qui ont survécus l’épreuve du temps et qui génèrent toujours des profits dont bénéficient les communautés impliquées (Gagnon et Rocher, 2002, pp.60-63).

 En conclusion, l’avènement de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois a occasionnée « beaucoup de progrès, mais il reste encore beaucoup à faire » (Gagnon et Rocher, 2002, pp.64-65). En effet, il reste encore des projets de construction de maisons en attente ainsi que des clauses prévues qui n’ont pas été appliquées comme celles concernant la collecte des ordures ou les centre communautaires. Malheureusement, selon les études effectuées, le taux d’abandon scolaire est toujours aussi alarmant dans les communautés concernées par la Convention, les problèmes sociaux sont en augmentation, en plus de nouveaux qui apparaissent et finalement, la création de milliers d’emplois se fait encore attendre. Par contre, tout n’est pas négatif, au contraire! Comme le souligne Albert W. Diamond dans sa propre conclusion, « les Cris ont accomplis en 25 ans ce que les sociétés canadienne et québécoises ont pris 100 ans à réaliser » (Gagnon et Rocher, 2002, pp.64-65).

 

Conclusion et recommandations

            Finalement, il est possible pour les autochtones et les allochtones d’entretenir de bonnes relations économiques. Les exemples de la scierie de Wemotaci qui touche précisément la nation Atikamekw ainsi que de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois qui est la preuve que de telles ententes sont primordiales pour le développement des communautés autochtones et celui du Québec. À mon avis, les ententes de la CBJNQ devraient s’appliquer à toutes les nations autochtones, non-seulement au Québec, mais à travers le Canada. Il me semble que dans une optique de reconnaissances des droits et territoires fondamentaux, donner des avantages exclusifs pour vaquer à leurs activités traditionnelles est une très belle façon de conserver les savoirs ancestraux et d’aider le développement économique des communautés autochtones. Sans nécessairement signer des ententes d’une telle importance, les diverses compagnies exploitant les ressources naturelles sur les territoires ancestraux ou sur les terres autochtones devraient se faire un devoir de consulter les populations concerner et de les impliquer socialement et économiquement d’une façon ou d’une autre à leurs projets. Par exemple, si l’on prend le secteur de la foresterie qui touche très précisément les Atikamekws, ce dernier devrait engager davantage de travailleurs autochtones et dans la même veine, les cours et les formations nécessaires pour remplir de tels postes devraient favoriser ou à tout le moins être plus accessibles pour les autochtones. Peut-être qu’en incluant davantage les autochtones dans nos développements économiques, les relations entre allochtones et autochtones s’amélioreraient et que les autochtones se sentiraient moins exclus du développement économique du Québec. De plus, c’est en augmentant les occasions de partenariats et de cohabitation que les perceptions que les allochtones ont des autochtones, et vice-versa, évolueraient pour le mieux et que les Premières nations du Canada et du Québec retrouveraient enfin les reconnaissances qu’ils méritent.

Section réalisée par Emmanuelle A. Desrochers

Mon portrait

Photo du 2015-01-07 à 22.29 #2Emmanuelle Desrochers

Étudiante au Cégep Gérald-Godin en sciences humaines, profil appliqué avec mathématiques (2013-2015) originaire de Pointe-Claire. Grande amatrice de plein air, de ski de fond, de randonnée et de camping. S’intéresse grandement aux droits humains et aux inégalités entre les Hommes. Passionnée de haute-couture et de mode et de voyage. Sait apprécier le vrai café et la bonne cuisine.